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Le temps comme forme de domination

Samedi 10 juillet 2010 6 10 /07 /Juil /2010 14:11


La " Revue internationale des Livres et des idées " vient de publier la recension critique d'Anselm Jappe du livre du sociologue allemand Hartmut Rosa, Accélérations. Une critique sociale du temps (La Découverte, 2010). Jappe qui montre combien les analyses de ce livre sont pertinentes, insiste sur une critique de taille à adresser à Hartmut Rosa, les causes de l'accélération du temps ne sont pas pleinement saisies de manière historiquement spécifique dans les formes sociales présentes du capitalisme : « Cependant, l’impression de désarroi que transmet son ouvrage pourrait venir aussi de ses difficultés évidentes à saisir les causes de l’accélération, auxquelles il consacre cependant la troisième des quatre parties de son livre. Il ne parvient pas vraiment à expliquer de façon convaincante le renversement d’une modernité qui a fini par dévorer son « projet » original. Lorsqu’il en […]
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Jeudi 8 juillet 2010 4 08 /07 /Juil /2010 09:24


Anselm Jappe a fait paraître sur le site de la Revue internationale des livres et des idées (" Rili " qui a des problèmes financiers aujourd'hui pour sortir une nouvelle version papier) sa recension critique du livre récemment traduit du sociologue allemand Hartmut Rosa, Accélération, dont la thématique fait bavarder depuis plusieurs semaines les journalistes et les " créatifs " français, du Monde des livres au magazine de la " bobo-philosophie " Philosophie magazine, jusqu'à France-Inter ou Télérama qui offrait un interview du sociologue dans son numéro du 3 au 9 juillet 2010. Rien de plus branché aujourd'hui que de se plaindre du temps qui s'accélère tout en ne mettant surtout pas en cause l'ensemble des catégories capitalistes (travail, marchandise, argent, capital...). En France comme en Allemagne, en Italie, en Grèce, en Espagne, etc., ce qui manque à la gauche de gauche et à […]
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Mardi 9 mars 2010 2 09 /03 /Mars /2010 09:20


Ce texte de Viren Murthy discute de la nouvelle lecture de Marx proposée par Moishe Postone. Je remercie le site prometteur Jacquerie de la traduction inédite de cette introduction à un recueil de textes suite à un séminaire sur la pensée du philosophe américain à l’Université de Tokyo, disponible en anglais à History and heteronomy Voici comment le site " Jacquerie " présente la traduction : Dans la première moitié de ce texte, Viren Murthy a tracé le chemin qu’entend se frayer Postone à travers les critiques des lacunes et des impasses du marxisme orthodoxe - fétichisme par ontologisation anhistorique de la catégorie travail -, des ‘théories’ post-modernes – fétichisme hors du temps de divers concepts, rendant toute compréhension des spécificités historiques impossible - et de la théorie critique de l’école de Franckfort – traitement subjectif de l’aliénation qui aboutit à la […]
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Qu'est-ce que la wertkritik (Critique de la valeur) ?

Avec d'une part le travail magistral de Moishe Postone, et d'autre part les groupes allemands et autrichiens comme Krisis, Exit !, Streifzüge avec des théoriciens comme Robert Kurz, Roswitha Scholz, Norbert Trenkle, Anselm Jappe, Gérard Briche, Ernst Lohoff, et plusieurs autres auteurs, de nouvelles lectures de l'œuvre de la maturité de Marx sont apparues durant les deux dernières décennies. La relecture opérée par Robert Kurz (1943-2012), principal théoricien de la « Critique de valeur » (wertkritik) ou encore appelée théorie critique de la « dissociation-valeur », a cherché avec Marx mais aussi au-delà de Marx, à renouveler les fondements d'une théorie critique radicale de l'économie politique au XXIe siècle.  


A la différence des lectures traditionnelles de Marx avec lesquelles elle rompt, cette nouvelle critique s'est en grande partie faite remarquée pour avoir articulé une approche théorique qui porte une attention particulière au caractère fétichiste de la production de marchandises, à la dimension abstraite de tout travail (le travail abstrait), à la distinction entre valeur et richesse matérielle et à la nature du capital comme « sujet automate » (la formule est de Marx lui-même). Le capitalisme est ici interprété comme une forme historique de fétichisme. Ainsi, à la différence des marxismes traditionnels, les sujets principaux du capitalisme ne sont ni le prolétariat, ni la bourgeoisie, mais plutôt le fétiche-capital lui-même (la valeur qui s'autovalorise) que paradoxalement nous ne cessons de constituer au quotidien au travers de nos rapports sociaux. Un des points centraux de ce nouveau travail théorique a été de développer une critique du capitalisme qui ne s'arrête pas au niveau des antagonismes de classes sociologiques, à la question des rapports de distribution et de propriété privée des moyens de production. La classe capitaliste gère un processus de production de marchandises à son propre profit, mais n'en est pas l'auteur ni le maître. Travailleurs et capitalistes ne sont que les fonctionnaires d'un processus fétichiste qui à la fois les dépasse et ne cesse d'être constitué par eux. La lutte des classes si elle existe bel et bien, en affirmant positivement le travail et le point de vue de la classe prolétaire, n'est en réalité qu'une lutte d'intérêts toujours constitués à l'intérieur des formes de vie et de socialisation capitalistes.


Ainsi à l'inverse de l'anticapitalisme tronqué, la critique de la valeur ose enfin critiquer le système dans sa totalité, et d'abord critiquer pour la première fois son principe de synthèse sociale, le travail en tant que tel, dans ses deux dimensions concrète et abstraite, comme activité socialement médiatisante et historiquement spécifique au seul capitalisme, et non comme simple activité instrumentale, naturelle et transhistorique, comme si le travail était l'essence générique de l'homme qui serait captée extérieurement par le capital. Comme si encore le travail n'était que l'activité transhistorique du métabolisme entre l'homme et la nature. L'économie est une réalité sociale qui émerge et existe comme telle que dans les sociétés capitalistes à partir des XIVe et XVe siècles. C'est le double caractère du travail et non le marché, le rapport social de domination d'une classe sur une autre et la propriété privée des moyens de production, qui constitue le noyau du capitalisme. Dans la société capitaliste seulement, le travail abstrait se représente dans la valeur, la valeur est l'objectivation d'un lien social aliéné, elle est donc historiquement spécifique qu'à la seule formation sociale capitaliste. Dans cette compréhension encore, la valeur n'est pas limitée à la seule « sphère économique », mais impose sa structure à toute la société, elle est une forme sociale de vie et de socialisation, un « fait social total ». La valeur d'échange d'une marchandise n'est que l'expression, la forme visible, de la valeur « invisible ».


Un mouvement d'émancipation du fétichisme de la valeur, ne peut plus critiquer ce monde à partir du point de vue du travail. Il ne s'agit donc plus de libérer le travail du capital, mais de se libérer du travail en tant que tel, non pas en faisant travailler les machines à la place car le mode industriel de production est intrinsèquement capitaliste (la technologie n'est pas neutre), mais en abolissant une activité posée au centre de la vie comme socialement médiatisante. Cependant la critique radicale n'a pas à fournir en pièce jointe, un mode d'emploi pour une organisation alternative de l’emploi de la vie. Elle développe une explication possible du monde présent, des souffrances réelles de nos propres vies et des exigences sociales qui leurs sont imposées, mais elle ne constitue pas un mode d'emploi expliquant comment construire correctement une « société idéale ». La critique de la dissociation-valeur dénaturalise toute forme d'économie, et c'est là déjà une forme de pratique radicale. Le seul critère proposé par la wertkritik, c'est qu'aucun medium fétichiste (comme aujourd'hui le travail) ne s'interpose désormais entre les individus sociaux et entre les individus sociaux et le monde. Et comme cela n'a jamais existé, un monde au-delà des divers fétichismes sociaux reste à inventer. Mais il n’y a pas de compromis possible avec l’économie, c’est-à-dire avec le travail comme forme capitaliste du métabolisme avec la nature, et comme médiation sociale entre les humains. Redistribuer les richesses capitalistes comme le préconisent les économistes de gauche à la sauce néo-keynésienne, ce n'est pas s'opposer à la forme de vie sociale capitaliste. De plus, on ne peut privilégier à côté de l'économique, d'autres dimensions (le don, l'entraide, le care, etc.) qui pourraient exister parallèlement, car la valeur est une forme sociale totale fétichiste qui envahit tout : il faut sortir carrément de l’économie en inventant d’autres formes de médiation sociale entre nous, que celles du travail, de la marchandise, de l’argent, du capital qui branche nos « capacités de travail » sur ses agencements sociaux et ses machines.


D'autres points forts de ce nouveau travail théorique a été de fournir une structure qui permette de comprendre le processus de crise économique qui a commencé dans les années 1970 et dont les considérables effets actuels sont souvent compris comme une simple « crise financière », ou encore un autre apport a été l'élaboration d'une théorie socio-historique de la connaissance et de la subjectivité qui rompt avec l'épistémologisme contemporain, tout en permettant de comprendre autrement l'antisémitisme, le racisme, la politique, l'Etat, le droit, la domination patriarcale, etc. Pour faire plus ample connaissance avec ce nouveau travail théorique rompant avec le marxisme, on pourra aller voir dans la partie " présentation de la wertkritik 

 

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