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Chroniques de la crise au quotidien

Vendredi 18 janvier 2013 5 18 /01 /Jan /2013 21:56


Match nul des modèles économiques * Robert Kurz Dans l’idéologie économique de l’Occident, deux camps ont paru pendant longtemps s’affronter : celui des USA, néolibéral, autrement dit radicalement orienté sur le marché, et celui de l’Europe, une politique industrielle connue aussi sous le nom de « capitalisme rhénan », à base de keynésianisme ou d’Etat-providence. Les idéologues du marché misaient sur une politique de l’offre (réduction des dépenses à tout prix, en particulier les dépenses salariales), ceux de l’Etat sur une politique de la demande (croissance de la consommation au moyen de dépenses publiques et de hausses des salaires). Il y a maintenant une bonne trentaine d’année, le modèle européen avait perdu tout crédit dans la mesure où l’accroissement des dépenses publiques ouvrait la voie à l’inflation tandis que la croissance stagnait malgré tout (stagflation). […]
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Jeudi 6 septembre 2012 4 06 /09 /Sep /2012 20:57


Embellie douteuse dans l’automobile Robert Kurz Juin 2012 Si la crise de la dette européenne et étasunienne continue allègrement de tout dévaster sur son passage, elle semble pourtant n’avoir que peu de prise sur la conjoncture mondiale. L’industrie allemande d’exportation, en particulier, s’imagine vivre un printemps durable. A commencer par les constructeurs automobiles, qui annoncent sans cesse avoir battu de nouveaux records. Cela montre à quel point la production automobile demeure aujourd’hui pour le capitalisme un secteur clé, lequel nous donne en outre un parfait aperçu de ce vers quoi nous entraîne l’aventure économique. Les optimistes seraient-ils fondés à nous promettre pour les dix ans à venir un interminable essor de l’économie réelle ? Il vaut la peine d’examiner de près la structure du boom actuel de l’automobile. Il semble, d’une part, que les ventes en Europe […]
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Samedi 16 juin 2012 6 16 /06 /Juin /2012 13:21


Ce texte est paru dans le journal français « L'Humanité », le 7 septembre 2000. Utopie négative Robert Kurz Les temps sont révolus où les hommes avaient parfois encore honte d'oser ne penser qu'à leur propre valeur marchande et à celle de leurs produits. Secrètement, sans bruit, en douceur, chaque individu s'est métamorphosé en « homo economicus », ce qui n'était autrefois qu'une pure idéologie de la doctrine de l'économie politique. Quand cela a-t-il réellement commencé ? L'absurde « marchandisation de la conscience » est originairement et fondamentalement un postulat du mode de production capitaliste. Mais il aura fallu un long développement pour qu'il apparaisse naturel à chacun de s'évaluer seulement en tant que marchandise. Le capitalisme d'après-guerre a introduit pratiquement les deux présupposés de l'apparition de ce stade final : la colonisation du « temps libre » par […]
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Mardi 12 juin 2012 2 12 /06 /Juin /2012 17:17


Ci-dessous, un texte récent de Claus Peter Ortlieb, mathématicien et membre de la revue allemande Exit ! Crise et critique de la société marchande, lieu de réflexion et de discussion autour de la critique de la valeur (« wertkritik »). Dans ce texte, Ortlieb revient sur les raisons de la puissance économique allemande cette dernière décennie, sur la situation de l'Union européenne et la crise généralisée de la société capitaliste sous la forme de la limite interne absolue atteinte par le capital (la « crise de la valeur ». Pour un développement sur ce point, cf. Anselm Jappe, « Les Aventures de la marchandise. Pour une nouvelle critique de la valeur », Denoël, 2003). Bonne lecture ! Quelques autres textes de Ortlieb ont été traduits en Français, L'innocence perdue de la productivité (2010) ; Aveugles face à la crise (2011) ; L'économie n'est pas vraiment une science (2010). Merci […]
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Mardi 5 juin 2012 2 05 /06 /Juin /2012 09:31


Aveugles face à la crise Claus Peter Ortlieb* Depuis que le keynésianisme s’est, en pratique, échoué sur la « stagflation » des années 1970, postes et publications dans l’enseignement académique de la macroéconomie sont sous l’emprise du dogme néoclassique, qui se résume à prôner l’harmonie du marché : qu’on veuille bien laisser celui-ci se débrouiller tout seul, un équilibre entre l’offre et la demande s’établira, pour le bien de tous. Les manuels spécialisés ne reflètent ainsi nullement la réalité de l’économie capitaliste, et on y cherchera en vain le mot « crise », par exemple. En revanche, on y trouvera des préjugés idéologiques injectés dans des modèles mathématiques que l’on superpose simplement à la réalité. Au fond, avec le règne de l’école néoclassique, la science économique a tourné le dos à son objet et n’est plus à proprement parler qu’une idéologie rehaussée de termes […]
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Samedi 2 juin 2012 6 02 /06 /Juin /2012 15:02


L’économie n’est pas vraiment une science Entretien avec Claus Peter Ortlieb* Que pense Claus Peter Ortlieb, mathématicien, de ce qui se passe actuellement en Grèce ? Ce qui me frappe en tout premier lieu – du reste, pas spécialement en ma qualité de mathématicien – c’est le déchaînement de fureur nationaliste envers ceux que certains médias n’ont pas hésité à désigner, de manière provocatrice, par le terme de « Grecs-faillite », profitant ainsi des malheurs de ce pays pour détourner l’attention de la contribution allemande à la crise. Car, en définitive, l’Allemagne doit sa domination mondiale en matière de commerce extérieur essentiellement à ses exportations vers l’Europe du Sud, lesquelles sont financées par la dette. Le mathématicien, lui, remarquera peut-être d’abord les gros chiffres qui sont tellement à l’honneur ces temps-ci et dont un Pythagore n’aurait jamais osé rêver. […]
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Vendredi 27 janvier 2012 5 27 /01 /Jan /2012 10:49


Article paru dans Neues Deutschland du 9 janvier 2012 Robert Kurz Euthanasie économique Selon l’idéologie des manuels d’économie l’argent est un moyen sophistiqué destiné à fournir à la société, de façon optimale, biens matériels et services sociaux. C’est pour cela que, au sens économique proprement dit, il serait insignifiant et ne formerait qu’un simple « voile » au-dessus de la production et de la distribution réelles. Marx, en revanche, a démontré que l’argent, en tant que médium de la valorisation du capital, est une fin en soi fétichiste qui a asservi la satisfaction des besoins matériels. Des biens réels ne sont produits que lorsqu’ils servent cette fin en soi qu’est l’augmentation de l’argent, dans le cas contraire leur production est abandonnée, même si elle est techniquement possible et qu’ils répondent à une demande sociale. Cela est particulièrement évident dans des […]
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Mercredi 25 janvier 2012 3 25 /01 /Jan /2012 14:37


Ci-dessous, un texte d'intervention de Robert Kurz. Voir le Fichier : Robert_Kurz-_Le_capitalisme_ne_se_repete_pas-_20111.pdf Le capitalisme ne se répète pas Robert Kurz Une des façons d’aborder l’existence est ce qu’on appelle la nostalgie : le souvenir d’un soi-disant bon vieux temps, celui par exemple du miracle économique. Dans la culture pop, cela correspond à la mode du « rétro » : sitôt les producteurs à court d’idées, ils réchauffent de vieux trucs sous une forme légèrement modifiée. Et avec Tatort[1], qui est rediffusé sur une petite chaîne pour la énième fois, on risque toujours de tomber sur un épisode que l’on a déjà vu il y a quelques années. Sans que l’on sache pourquoi ni comment, s’est répandu le crédo selon lequel il suffirait de jeter un œil dans le passé pour y trouver une recette à l’usage du présent. Comment expliquer sinon le fait que les politiques, les médias […]
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Mardi 3 janvier 2012 2 03 /01 /Jan /2012 22:00


Course à la dévaluation Robert Kurz 14 novembre 2011 Voir le Fichier : Robert_Kurz-_Course_a_la_d-valuation-_20111.pdf Une monnaie forte bénéficiant d’un taux de change élevé par rapport aux autres devises, voilà qui est généralement considéré comme un signe de supériorité économique, tandis que les devises dites faibles représentent les grandes perdantes du marché mondial. Toutefois, cette règle semble désormais en perte de crédibilité. Partout dans le monde, chacun tremble à l’idée que sa monnaie nationale pourrait devenir trop forte. En Suisse, la banque centrale est d’ores et déjà intervenue pour limiter l’appréciation du franc par rapport à l’euro. La même politique est adoptée, vis-à-vis du dollar cette fois, par les banques centrales du Japon et de plusieurs autres pays, tandis que des pays émergents tels que le Brésil luttent tout aussi désespérément pour empêcher la […]
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Lundi 19 décembre 2011 1 19 /12 /Déc /2011 00:00


Ci-dessous la version complète du texte d'Anselm Jappe paru dans « Offensive Libertaire et Sociale » (décembre 2011). Une version arbitrairement tronquée de cet article de presse était parue le 31 octobre 2011 dans le journal « Le Monde ». Anselm Jappe L’Argent est-il devenu obsolète ? Voir le Fichier : Lobsolescence_de_largent_Jappe_Version_complete_OLS.pdf Les médias et les instances officielles nous y préparent : très prochainement, une nouvelle crise financière mondiale va se déclencher, et elle sera pire qu’en 2008. On parle ouvertement des « catastrophes » et des « désastres ». Mais qu’est-ce qui va arriver après ? Quelles seront nos vies après un écroulement des banques et des finances publiques à vaste échelle ? L’Argentine y est déjà passée en 2002. Au prix d’un appauvrissement de masse, l’économie de ce pays a pu ensuite remonter un peu la pente : mais dans ce cas-là, il […]
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Dimanche 11 décembre 2011 7 11 /12 /Déc /2011 18:17


Il y a le feu chez les pompiers ! Ernst Lohoff[1] 10 août 2011 La dégringolade actuelle des bourses est la plus forte enregistrée depuis la faillite de la banque Lehman Brothers à l’automne 2008. D’après le journal Welt-online, à travers la planète, l’équivalent de cinq mille milliard de dollars en actifs se seraient dissipés dans les dernières semaines. Maintenant que l’agence de cotation Standard & Poor’s a abaissé la note de solvabilité concernant les emprunts d’Etat des Etats-Unis, les places financières vont certainement chuter encore. Depuis les années quatre-vingts, l’industrie de la finance est devenue l’industrie de base du système capitaliste mondial et a subi régulièrement des échecs. Mais les événements actuels ont acquis une nouvelle dimension. Lors de toutes les crises précédentes qui touchaient les centres capitalistes, c’étaient toujours les Etats, prompts à […]
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Mercredi 23 novembre 2011 3 23 /11 /Nov /2011 21:40


Ce texte de Robert Kurz, principal théoricien de la revue allemande EXIT ! Crise et critique de la société marchande, est paru dans Neues Deutschland du 17 octobre 2011. Merci à Heike Heinzmann et Sinziana pour la traduction. Fin du boom des matières premières Certains signes indiquent que le ralentissement économique est en train de se transformer en une nouvelle récession mondiale. Après l’effondrement des marchés financiers, l’économie mondiale extrêmement endettée rencontre sa deuxième limite, celle des finances de l'Etat. Une nouveau krach toucherait avant tout, comme ce fut le cas au premier semestre 2009, les pays fortement exportateurs, et les affecterait d’autant plus que leur marché intérieur représente une part plus faible de leur PIB. Cela ne présage rien de bon, surtout pour la RFA, dont les élites se félicitent pour le moment eu égard à son leadership mondial dans les […]
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Jeudi 17 novembre 2011 4 17 /11 /Nov /2011 21:00


Ce texte de Robert Kurz est paru dans Neues Deutschland du 22 août 2011 N’en déplaise aux enthousiastes de l’économie des services, la création de valeur au sens capitaliste n’est possible qu’à travers la production industrielle, dont le secteur automobile constitue toujours le noyau central : un large éventail de fournisseurs et de sous-traitants en sont totalement dépendants. C’est pourquoi, lors de la grave récession de 2009, les constructeurs automobiles ont été, aux côtés du système bancaire, les bénéficiaires privilégiés des aides publiques, que ces aides aient pris la forme d’investissements directs du gouvernement (General Motors), de plans de renflouement et de garanties, ou encore de subventions destinées à encourager l’achat de véhicules : la fameuse « prime à la casse ». Cette dernière tombait à point nommé, dans la mesure où les surcapacités mondiales de l’industrie […]
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Dimanche 6 novembre 2011 7 06 /11 /Nov /2011 11:41


Ce texte est paru dans « Neues Deutschland » du 19 septembre 2011. Robert Kurz est un des principaux contributeurs à la mouvance de la critique de la valeur en Allemagne. En France les éditions Lignes viennent de sortir un recueil de traductions de textes de Robert Kurz, « Vies et mort du capitalisme. Chroniques de la crise ». Dans cet ouvrage le courant allemand présente sa compréhension profonde de la crise de la forme de vie capitaliste, qui est bien plus qu'une simple crise financière ou une crise des dettes des Etats : une crise profonde de la valorisation. Robert Kurz sera présent à Lille le vendredi 25 novembre dans le cadre des rencontres Cité-Philo pour présenter son ouvrage. Merci à Heike Heinzmann et Sînziana pour cette traduction. Les crises passent, mais le capitalisme demeure. Tel est du moins le crédo inébranlable des théoriciens, qu’ils soient libéraux ou de gauche. […]
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Mercredi 31 août 2011 3 31 /08 /Août /2011 21:40


Des dépotoirs pour les créances pourries par Robert Kurz[1] Toute personne possédant un tant soit peu de mémoire pourrait se demander où ont bien pu passer les masses de crédit à haut risque pour lesquelles, après le maelström financier de 2008, il fallait trouver une sépulture – la plus discrète possible. Une chose est sûre : elles n’ont pas été remboursées. Au contraire, l’immense dette fictive n’a cessé de gonfler, tant il est vrai que le jeu favori du secteur privé depuis des lustres consiste à faire semblant de croire qu’on remboursera les vieilles créances par de nouvelles, et les nouvelles par d’autres, encore à venir. D’un autre côté, du fait des sommes colossales que représentent ces fameux « actifs toxiques », il ne pouvait être question de les amortir en totalité (sinon, de façon purement cosmétique, en les dissimulant sous le tapis des écritures bancaires) : c’eût été […]
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Qu'est-ce que la wertkritik (Critique de la valeur) ?

Avec d'une part le travail magistral de Moishe Postone, et d'autre part les groupes allemands et autrichiens comme Krisis, Exit !, Streifzüge avec des théoriciens comme Robert Kurz, Roswitha Scholz, Norbert Trenkle, Anselm Jappe, Gérard Briche, Ernst Lohoff, et plusieurs autres auteurs, de nouvelles lectures de l'œuvre de la maturité de Marx sont apparues durant les deux dernières décennies. La relecture opérée par Robert Kurz (1943-2012), principal théoricien de la « Critique de valeur » (wertkritik) ou encore appelée théorie critique de la « dissociation-valeur », a cherché avec Marx mais aussi au-delà de Marx, à renouveler les fondements d'une théorie critique radicale de l'économie politique au XXIe siècle.  


A la différence des lectures traditionnelles de Marx avec lesquelles elle rompt, cette nouvelle critique s'est en grande partie faite remarquée pour avoir articulé une approche théorique qui porte une attention particulière au caractère fétichiste de la production de marchandises, à la dimension abstraite de tout travail (le travail abstrait), à la distinction entre valeur et richesse matérielle et à la nature du capital comme « sujet automate » (la formule est de Marx lui-même). Le capitalisme est ici interprété comme une forme historique de fétichisme. Ainsi, à la différence des marxismes traditionnels, les sujets principaux du capitalisme ne sont ni le prolétariat, ni la bourgeoisie, mais plutôt le fétiche-capital lui-même (la valeur qui s'autovalorise) que paradoxalement nous ne cessons de constituer au quotidien au travers de nos rapports sociaux. Un des points centraux de ce nouveau travail théorique a été de développer une critique du capitalisme qui ne s'arrête pas au niveau des antagonismes de classes sociologiques, à la question des rapports de distribution et de propriété privée des moyens de production. La classe capitaliste gère un processus de production de marchandises à son propre profit, mais n'en est pas l'auteur ni le maître. Travailleurs et capitalistes ne sont que les fonctionnaires d'un processus fétichiste qui à la fois les dépasse et ne cesse d'être constitué par eux. La lutte des classes si elle existe bel et bien, en affirmant positivement le travail et le point de vue de la classe prolétaire, n'est en réalité qu'une lutte d'intérêts toujours constitués à l'intérieur des formes de vie et de socialisation capitalistes.


Ainsi à l'inverse de l'anticapitalisme tronqué, la critique de la valeur ose enfin critiquer le système dans sa totalité, et d'abord critiquer pour la première fois son principe de synthèse sociale, le travail en tant que tel, dans ses deux dimensions concrète et abstraite, comme activité socialement médiatisante et historiquement spécifique au seul capitalisme, et non comme simple activité instrumentale, naturelle et transhistorique, comme si le travail était l'essence générique de l'homme qui serait captée extérieurement par le capital. Comme si encore le travail n'était que l'activité transhistorique du métabolisme entre l'homme et la nature. L'économie est une réalité sociale qui émerge et existe comme telle que dans les sociétés capitalistes à partir des XIVe et XVe siècles. C'est le double caractère du travail et non le marché, le rapport social de domination d'une classe sur une autre et la propriété privée des moyens de production, qui constitue le noyau du capitalisme. Dans la société capitaliste seulement, le travail abstrait se représente dans la valeur, la valeur est l'objectivation d'un lien social aliéné, elle est donc historiquement spécifique qu'à la seule formation sociale capitaliste. Dans cette compréhension encore, la valeur n'est pas limitée à la seule « sphère économique », mais impose sa structure à toute la société, elle est une forme sociale de vie et de socialisation, un « fait social total ». La valeur d'échange d'une marchandise n'est que l'expression, la forme visible, de la valeur « invisible ».


Un mouvement d'émancipation du fétichisme de la valeur, ne peut plus critiquer ce monde à partir du point de vue du travail. Il ne s'agit donc plus de libérer le travail du capital, mais de se libérer du travail en tant que tel, non pas en faisant travailler les machines à la place car le mode industriel de production est intrinsèquement capitaliste (la technologie n'est pas neutre), mais en abolissant une activité posée au centre de la vie comme socialement médiatisante. Cependant la critique radicale n'a pas à fournir en pièce jointe, un mode d'emploi pour une organisation alternative de l’emploi de la vie. Elle développe une explication possible du monde présent, des souffrances réelles de nos propres vies et des exigences sociales qui leurs sont imposées, mais elle ne constitue pas un mode d'emploi expliquant comment construire correctement une « société idéale ». La critique de la dissociation-valeur dénaturalise toute forme d'économie, et c'est là déjà une forme de pratique radicale. Le seul critère proposé par la wertkritik, c'est qu'aucun medium fétichiste (comme aujourd'hui le travail) ne s'interpose désormais entre les individus sociaux et entre les individus sociaux et le monde. Et comme cela n'a jamais existé, un monde au-delà des divers fétichismes sociaux reste à inventer. Mais il n’y a pas de compromis possible avec l’économie, c’est-à-dire avec le travail comme forme capitaliste du métabolisme avec la nature, et comme médiation sociale entre les humains. Redistribuer les richesses capitalistes comme le préconisent les économistes de gauche à la sauce néo-keynésienne, ce n'est pas s'opposer à la forme de vie sociale capitaliste. De plus, on ne peut privilégier à côté de l'économique, d'autres dimensions (le don, l'entraide, le care, etc.) qui pourraient exister parallèlement, car la valeur est une forme sociale totale fétichiste qui envahit tout : il faut sortir carrément de l’économie en inventant d’autres formes de médiation sociale entre nous, que celles du travail, de la marchandise, de l’argent, du capital qui branche nos « capacités de travail » sur ses agencements sociaux et ses machines.


D'autres points forts de ce nouveau travail théorique a été de fournir une structure qui permette de comprendre le processus de crise économique qui a commencé dans les années 1970 et dont les considérables effets actuels sont souvent compris comme une simple « crise financière », ou encore un autre apport a été l'élaboration d'une théorie socio-historique de la connaissance et de la subjectivité qui rompt avec l'épistémologisme contemporain, tout en permettant de comprendre autrement l'antisémitisme, le racisme, la politique, l'Etat, le droit, la domination patriarcale, etc. Pour faire plus ample connaissance avec ce nouveau travail théorique rompant avec le marxisme, on pourra aller voir dans la partie " présentation de la wertkritik 

 

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