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Critique de l'anticapitalisme tronqué de la gauche

Mercredi 30 janvier 2013 3 30 /01 /Jan /2013 00:00


Vive les frontières ! A bas la finance ! Voilà le couplet préféré de la gauche populiste française et européenne, du Front de Gauche au PS en passant par le NPA ou Syriza. Il nous faut remettre des droits de douane aux frontières et taxer les transactions financières se plaisent-ils à marteler (proposition repris par les conservateurs). La gauche, qu’elle soit modérée ou « radicale » a trouvé le responsable de la crise qui secoue le monde depuis 2007, c’est le monde de la finance, c’est le méchant banquier, le méchant spéculateur ! Oui ! Le véritable adversaire c’est lui, nous disent-ils, cet affreux bonhomme qui bosse pour JP Morgan, la BNP ou Goldman Sachs et qui spécule avec l’argent des honnêtes épargnants. C’est lui qui, en jouant sur son ordinateur met la sacro-sainte « économie réelle » à terre, fait grimper les taux de chômage, amplifie le credit-crunch. Cette analyse est […]
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Dimanche 21 octobre 2012 7 21 /10 /Oct /2012 18:17


Changer de cheval Anselm Jappe « Lorsque les artisans communistes se réunissent, c'est d'abord la doctrine, la propagande,etc., qui est leur but. Mais en même temps ils s'approprient par là un besoin nouveau, le besoin de la société, et ce qui semble être le moyen est devenu le but. On peut observer les plus brillants résultats de ce mouvement pratique, lorsque l'on voit réunis des ouvriers socialistes français. Fumer, boire, manger, etc., ne sont plus là comme des prétextes à réunion ou des moyens d'union. L'assemblée, l'association, la conversation qui ont aussi la société pour but leur suffisent, la fraternité humaine n'est pas chez eux une phrase vide, mais une vérité, et la noblesse de l'humanité brille sur ces figures endurcies par le travail » [1] Lorsque Karl Marx écrivit, à 26 ans, les Manuscrits de 1844, un de ses textes les plus importants, il vivait à Paris et […]
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Samedi 20 octobre 2012 6 20 /10 /Oct /2012 18:39


La gauche keynésienne et son cocktail de souhaits Claus Peter Ortlieb* Cette fois, ça va enfin barder pour les riches. La coalition « Pour un partage équitable »[1], dont Attac, Ver.di[2] et le Paritätischen Gesamtverband[3] sont à l’initiative, appelle, non sans quelques audaces grammaticales, à une journée d’action nationale le 29 septembre 2012 : « Il y a une issue à la crise économique et financière : redistribution ! Nous ne voulons pas que l’on rogne sur les prestations sociales et les services publics, et que la grande majorité de la population soit accablée davantage. Ce sont plutôt la richesse excessive et la spéculation financière qu’il faudrait enfin taxer. Il ne s’agit pas seulement d’argent mais également de solidarité concrète dans notre société ». Aussi la coalition réclame-t-elle un impôt permanent sur la fortune doublé d’une contribution exceptionnelle, afin de « […]
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Mercredi 29 août 2012 3 29 /08 /Août /2012 13:35


La gauche du capital, de la social-démocratie française à la « gauche de gauche », montre tous les jours son impuissance à faire face à la situation historique présente. L'impuissance n'est pas le fait d'une volonté qui manquerait à tel ou tel autre capitaine de pédalo, car elle est aussi continuellement le fait de n'importe quel tribun vénézuélien, politique publique alternative et autre forme d'auto-organisation radicale qui auraient toujours en vue de produire des biens sous la forme de marchandises et de la forme-argent, au travers de la dépense de la marchandise-force de travail. C'est-à-dire que quand le rapport-capital atteint sa limite interne absolue, c'est le « sujet-automate » (Marx) qu'il constitue qui ne fonctionne même plus comme le souhaiterait la classe capitaliste. Et une société où nos propres rapports sociaux médiatisés par le travail, sous la forme de choses « […]
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Mercredi 15 août 2012 3 15 /08 /Août /2012 17:30


Il y a des penseurs qui restent inconnus toute leur vie, mais qui figurent parmis les plus lucides de nos contemporains. Et c'est le cas du théoricien Tom Thomas. Parmi les 19 livres qu'il a écrit - dont des livres sur la crise contemporaine de la société capitaliste (je pense à « Démanteler le capital ou être broyés ») qui sont sur bien des points proches de la théorie de la crise/effondrement que l'on retrouve chez Robert Kurz, Exit ! et Krisis -, il est toujours bon de lire et relire Etatisme contre libéralisme ? C'est toujours le capitalisme, un ouvrage paru en 2011 aux éditions Contradictions. Une véritable volée de bois vert contre l'anticapitalisme tronqué de la « gauche de gauche » (politique, mouvementiste et syndicale), l'altermondialisme d'ATTAC, les débris de la social-démocratie française, les « économistes atterés », et toute la mixture indigeste du keynésianisme et […]
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Samedi 23 juin 2012 6 23 /06 /Juin /2012 12:54


Le livre « Les Aventures de la marchandise. Pour une nouvelle critique de la valeur » (Denoël, 2003) d'Anselm Jappe est réputé difficile. Ce livre présente au public français une relecture de la théorie critique du Marx de la maturité (Grundrisse et Capital), avec Marx et au-delà de Marx, qui doit beaucoup aux débats théoriques qui ont eu lieu en Allemagne ces trente dernières années dans les groupes Krisis et Exit, et de manière parallèle et indépendante aux Etats-Unis autour de l'oeuvre de Moishe Postone, ou en France autour de celle de Jean-Marie Vincent. Cette lecture a recentré la critique sur des éléments très importants qui avaient été complètement escamotés ou ignorés par l'ensemble des courants marxistes orthodoxes comme hétérodoxes, militants comme universitaires ou les courants post-marxistes : la critique de l'économie comme critique de la forme valeur, la théorie de la […]
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Dimanche 20 mai 2012 7 20 /05 /Mai /2012 13:53


Ci-dessous, un texte de Nicolas au sujet du dernier film de Julien Brygo, Pierre Carles, Aurore Van Opstal, « DSK, Hollande, etc. ». Film caractéristique des limites et impasses de l’anticapitalisme tronqué de la gauche et de l'extrême-gauche contemporaines, et en particulier de la « critique des médias ». Une précendente analyse du film de P. Carles, Attention danger travail était également parue sur ce site. D'autres critiques de cette trop superficielle pseudo-critique de la société capitaliste-marchande, dans la rubrique Critique de l'anticapitalisme tronqué de la gauche. Misère radicale de la gauche Remarques sur le film DSK, Hollande, etc en particulier et sur la gauche prétendue radicale en général Voir le Fichier : Misere_radicale_de_la_gauche_Remarques_sur_le_film_DSK_Hollande_etc_en_particulier_et_sur_la_gauche_pretendue_raidcal_en_general.pdf Depuis une vingtaine […]
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Jeudi 8 mars 2012 4 08 /03 /Mars /2012 00:00


Voir le Fichier : Leconomie_reelle_cest_le_capitalisme.pdf L’ « économie réelle », c’est le capitalisme ! Au-delà de l’anticapitalisme tronqué de la gauche et du mouvement « Occupy Wall Street » « L’essentiel, ce n’est pas que les esclaves soient mieux nourris ; c’est d’abord qu’il n’y ait plus d’esclaves. » Rosa Luxembourg « Croissance de l'économie réelle ! », telle est depuis trente ans la position de l'altercapitalisme de gauche sur tous les continents. Pas besoin d'aller très loin, en France, les décombres du mouvement altermondialiste restent ainsi plongés dans une immense nostalgie pour le capitalisme à papa des Trente Glorieuses avec ses entreprises nationalisées, ses services publics, son système éducatif, son programme du C.N.R., sa société de consommation pour tous, ses congés et retraites payés dans un monde toujours capitaliste, etc. Pour ce qui est de la gauche […]
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Mardi 24 janvier 2012 2 24 /01 /Jan /2012 07:41


Tous contre la finance ? Anselm Jappe [1] Voir le Fichier : Tous_contre_la_finance_Anselm_Jappe.pdf Apparemment, les choses sont simples. La crise financière qui a éclaté en 2008, et qui est loin d’être terminée, a révélé le véritable visage du capitalisme contemporain : l’économie, et finalement la société tout entière, sont dominées par la haute finance. Les banques, les assurances et les fonds de placement n’investissent pas dans la production réelle, mais jettent presque tout l’argent disponible dans la spéculation, laquelle n’enrichit que les spéculateurs, tandis qu’elle détruit des emplois et crée la misère. Le capital financier peut dicter sa loi aux gouvernements, y compris ceux des pays les plus puissants, quand il ne préfère pas les corrompre. Il achète également les médias. Ainsi, la démocratie se trouve vidée de toute substance. Certains pensent que ce sont les « maîtres […]
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Dimanche 15 janvier 2012 7 15 /01 /Jan /2012 16:37


Voici ci-dessous un texte de Ernst Lohoff (photo ci-contre) du groupe Krisis et co-auteur du Manifeste contre le travail. Post-scriptum 2003 par Luc Mercier (co-traducteur du livre de Postone) : Le texte qui suit date du printemps 1999, d’une époque donc où la spéculation boursière de la dite new economy approchait de son apogée. Le krach boursier qui a commencé un an plus tard est venu renforcer la critique du concept de la taxe Tobin, qui s’exprime dans ces lignes. Ceux qui pensent que, par le biais d’un contrôle des marchés financiers, on pourrait retransformer le ” capitalisme de casino ” en un capitalisme réglementé de façon quasi keynésienne n’ont pas compris le caractère structurel et les causes profondes du processus de crise auquel on assiste actuellement au niveau mondial. Les marchés financiers et leurs bulles spéculatives ne sont pas la cause de la crise. Au contraire, […]
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Dimanche 27 novembre 2011 7 27 /11 /Nov /2011 12:00


La grande méchante « finance » serait une pieuvre suçant la vitalité d'une production considérée comme « naturelle » et transhistorique, donc en s'opposant à la finance (voilà l'ennemi ! selon ce discours), « Oui, un autre capitalisme c'est possible » comme le titrait récemment le magazine « Marianne » ! Depuis maintenant quatre ans, de Barak Obama à Nicolas Sarkozy, d’Arnaud Montebourg à Marine Le Pen, de Jean-Luc Mélenchon à François Bayrou, on nous sert toujours le même discours sur la crise. A qui la faute ? Quelle est l'origine de la crise ? C'est bien sûr nous dit-on, le vilain capital financier opérant des licenciements qui est en train de faire crever le gentil capital productif (euphémisé par la douce expression d’ « économie réelle », expression très à la mode depuis quatre ans...) qui donne des emplois. De Paul Jorion à Frédéric Lordon ou Stéphane Hessel, mais également […]
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Lundi 21 novembre 2011 1 21 /11 /Nov /2011 20:59


Voici un texte pour en finir, entre autres, avec Jean-Claude Michéa. Mais au travers d'une critique forte de l'œuvre de Michéa qui ne relève que d'un certain « conservatisme de gauche » et d'une critique assez limitée du libéralisme, le texte ci-dessous de Maxime Ouellet (en PDF) critique plus largement l'ensemble de l'imaginaire de la gauche traditionnelle comme antilibérale (la gauche de gauche), qui plongée dans une pseudo-critique moralisante contre la vie capitaliste que nous menons, ne sait que s'en prendre qu'aux méchants banquiers, aux vilains spéculateurs, à l'horrible finance, à la méchante oligarchie, sans parler de la chasse aux sorcières contre les profiteurs, les agences de notation, etc. Ce conservatisme de gauche antilibéral complètement impuissant ne sait finalement qu'affirmer positivement une éternelle bonne conscience, la morale de la « common decency » et la […]
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Jeudi 29 septembre 2011 4 29 /09 /Sep /2011 10:58


En Allemagne, Die Linke a mis en débat son projet de programme de gouvernement, dont l’adoption officielle est prévue à l’automne 2011, en vue des élections législatives de 2013. Dans cet article paru dans " Neues Deutschland " le 9 août 2010, Michael Heinrich aborde la question des rapports entre capitalisme et Etat et se demande si le « changement » annoncé par Die Linke est davantage qu’un slogan creux. Au fil des notes de bas de page, nous nous pencherons en parallèle sur les programmes affichés, dans la perspective de 2012, par les principales formations françaises se revendiquant de l’anticapitalisme, que ce soit explicitement (Nouveau parti anticapitaliste Parti ouvrier indépendant, Lutte ouvrière) ou du bout des lèvres (Front de gauche) Sinziana PS : Michael Heinrich n'est en rien un auteur de la critique de la valeur et se rattache davantage au post-marxisme qui comme la […]
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Samedi 23 octobre 2010 6 23 /10 /Oct /2010 17:54


Les marxismes traditionnels et ses différentes tendances (conseillistes, utopistes, auto-gestionnaires, communistes de parti, sociaux-démocrates, etc.), ne furent pas les seuls à comprendre le capitalisme à partir du point de vue du travail. Les anarchistes sacrifièrent aussi à ce principe de constitution sociale de la société capitaliste. On sait que la très grande majorité la pensée anarchiste au XIXe siècle est fondée sur la défense des formes pré-modernes de travail (artisanat, paysannerie, etc progressivement soumis par la subsomption réelle du " travail " sous le capital dit Marx) et que encore aujourd'hui de nombreux néo-luddites qui pourtant visent juste quand ils s'en prennent à la société industrielle (car intrinsèquement capitaliste), font comme si on pouvait attaquer le « travail mort-vivant » à partir de ces formes là qui ont disparu (voir l'article de M. Amiech et J. […]
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Mardi 19 octobre 2010 2 19 /10 /Oct /2010 19:59


Ce tract, est un remaniement sauvage du tract du groupe Libeludd (Libertaires et luddistes) de Grenoble paru le 12 octobre, tract très intéressant mais qui était très limité dans sa critique du travail et du capitalisme. En voici une autre version diffusée lors des manifestations contre la réforme des retraites à Bourges et Orléans (merci à patrice, sébastien et julien pour les précisions apportées). Le tract est suivi ci-dessous (bas de page) d'une courte justification sur la nécessité de ne pas en rester au tract partiellement pertinent de Libeludd, qui montre par plusieurs aspects les limites de la partiellement pertinente critique anti-industrielle. Voir le Fichier : Tract_Manifeste_contre_le_travail_la_societe_industrielle_et_les_illusions_de_la_gauche_32.pdf POUR EN FINIR AVEC LE TRAVAIL, LA SOCIETE INDUSTRIELLE ET LES ILLUSIONS DE LA GAUCHE. Des millions de personnes dans la […]
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Qu'est-ce que la wertkritik (Critique de la valeur) ?

Avec d'une part le travail magistral de Moishe Postone, et d'autre part les groupes allemands et autrichiens comme Krisis, Exit !, Streifzüge avec des théoriciens comme Robert Kurz, Roswitha Scholz, Norbert Trenkle, Anselm Jappe, Gérard Briche, Ernst Lohoff, et plusieurs autres auteurs, de nouvelles lectures de l'œuvre de la maturité de Marx sont apparues durant les deux dernières décennies. La relecture opérée par Robert Kurz (1943-2012), principal théoricien de la « Critique de valeur » (wertkritik) ou encore appelée théorie critique de la « dissociation-valeur », a cherché avec Marx mais aussi au-delà de Marx, à renouveler les fondements d'une théorie critique radicale de l'économie politique au XXIe siècle.  


A la différence des lectures traditionnelles de Marx avec lesquelles elle rompt, cette nouvelle critique s'est en grande partie faite remarquée pour avoir articulé une approche théorique qui porte une attention particulière au caractère fétichiste de la production de marchandises, à la dimension abstraite de tout travail (le travail abstrait), à la distinction entre valeur et richesse matérielle et à la nature du capital comme « sujet automate » (la formule est de Marx lui-même). Le capitalisme est ici interprété comme une forme historique de fétichisme. Ainsi, à la différence des marxismes traditionnels, les sujets principaux du capitalisme ne sont ni le prolétariat, ni la bourgeoisie, mais plutôt le fétiche-capital lui-même (la valeur qui s'autovalorise) que paradoxalement nous ne cessons de constituer au quotidien au travers de nos rapports sociaux. Un des points centraux de ce nouveau travail théorique a été de développer une critique du capitalisme qui ne s'arrête pas au niveau des antagonismes de classes sociologiques, à la question des rapports de distribution et de propriété privée des moyens de production. La classe capitaliste gère un processus de production de marchandises à son propre profit, mais n'en est pas l'auteur ni le maître. Travailleurs et capitalistes ne sont que les fonctionnaires d'un processus fétichiste qui à la fois les dépasse et ne cesse d'être constitué par eux. La lutte des classes si elle existe bel et bien, en affirmant positivement le travail et le point de vue de la classe prolétaire, n'est en réalité qu'une lutte d'intérêts toujours constitués à l'intérieur des formes de vie et de socialisation capitalistes.


Ainsi à l'inverse de l'anticapitalisme tronqué, la critique de la valeur ose enfin critiquer le système dans sa totalité, et d'abord critiquer pour la première fois son principe de synthèse sociale, le travail en tant que tel, dans ses deux dimensions concrète et abstraite, comme activité socialement médiatisante et historiquement spécifique au seul capitalisme, et non comme simple activité instrumentale, naturelle et transhistorique, comme si le travail était l'essence générique de l'homme qui serait captée extérieurement par le capital. Comme si encore le travail n'était que l'activité transhistorique du métabolisme entre l'homme et la nature. L'économie est une réalité sociale qui émerge et existe comme telle que dans les sociétés capitalistes à partir des XIVe et XVe siècles. C'est le double caractère du travail et non le marché, le rapport social de domination d'une classe sur une autre et la propriété privée des moyens de production, qui constitue le noyau du capitalisme. Dans la société capitaliste seulement, le travail abstrait se représente dans la valeur, la valeur est l'objectivation d'un lien social aliéné, elle est donc historiquement spécifique qu'à la seule formation sociale capitaliste. Dans cette compréhension encore, la valeur n'est pas limitée à la seule « sphère économique », mais impose sa structure à toute la société, elle est une forme sociale de vie et de socialisation, un « fait social total ». La valeur d'échange d'une marchandise n'est que l'expression, la forme visible, de la valeur « invisible ».


Un mouvement d'émancipation du fétichisme de la valeur, ne peut plus critiquer ce monde à partir du point de vue du travail. Il ne s'agit donc plus de libérer le travail du capital, mais de se libérer du travail en tant que tel, non pas en faisant travailler les machines à la place car le mode industriel de production est intrinsèquement capitaliste (la technologie n'est pas neutre), mais en abolissant une activité posée au centre de la vie comme socialement médiatisante. Cependant la critique radicale n'a pas à fournir en pièce jointe, un mode d'emploi pour une organisation alternative de l’emploi de la vie. Elle développe une explication possible du monde présent, des souffrances réelles de nos propres vies et des exigences sociales qui leurs sont imposées, mais elle ne constitue pas un mode d'emploi expliquant comment construire correctement une « société idéale ». La critique de la dissociation-valeur dénaturalise toute forme d'économie, et c'est là déjà une forme de pratique radicale. Le seul critère proposé par la wertkritik, c'est qu'aucun medium fétichiste (comme aujourd'hui le travail) ne s'interpose désormais entre les individus sociaux et entre les individus sociaux et le monde. Et comme cela n'a jamais existé, un monde au-delà des divers fétichismes sociaux reste à inventer. Mais il n’y a pas de compromis possible avec l’économie, c’est-à-dire avec le travail comme forme capitaliste du métabolisme avec la nature, et comme médiation sociale entre les humains. Redistribuer les richesses capitalistes comme le préconisent les économistes de gauche à la sauce néo-keynésienne, ce n'est pas s'opposer à la forme de vie sociale capitaliste. De plus, on ne peut privilégier à côté de l'économique, d'autres dimensions (le don, l'entraide, le care, etc.) qui pourraient exister parallèlement, car la valeur est une forme sociale totale fétichiste qui envahit tout : il faut sortir carrément de l’économie en inventant d’autres formes de médiation sociale entre nous, que celles du travail, de la marchandise, de l’argent, du capital qui branche nos « capacités de travail » sur ses agencements sociaux et ses machines.


D'autres points forts de ce nouveau travail théorique a été de fournir une structure qui permette de comprendre le processus de crise économique qui a commencé dans les années 1970 et dont les considérables effets actuels sont souvent compris comme une simple « crise financière », ou encore un autre apport a été l'élaboration d'une théorie socio-historique de la connaissance et de la subjectivité qui rompt avec l'épistémologisme contemporain, tout en permettant de comprendre autrement l'antisémitisme, le racisme, la politique, l'Etat, le droit, la domination patriarcale, etc. Pour faire plus ample connaissance avec ce nouveau travail théorique rompant avec le marxisme, on pourra aller voir dans la partie " présentation de la wertkritik 

 

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