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Que faire ? Quoi faire ?

Jeudi 15 novembre 2012 4 15 /11 /Nov /2012 00:00


Peut-on s’émanciper du fétichisme ? * Anselm Jappe Le concept marxien de « fétichisme de la marchandise » n’indique pas seulement une mystification de la conscience, un « voile », comme on le croit souvent (et encore moins s’agit-il d’un goût immodéré pour les marchandises). Il constitue un phénomène réel : dans la société capitaliste, toute l’activité sociale se présente sous forme de valeur et marchandise, de travail abstrait et d’argent. Le terme « fétichisme », que Marx a emprunté avec ironie à l’ethnologie et à la critique de la religion, est très approprié. Comme les prétendus « sauvages », même les membres de la société marchande projettent leurs pouvoirs sociaux sur des objets inanimés dont ils croient ensuite dépendre. Personne ne l’a jamais décidé : ce fétichisme s’est constitué « dans le dos » des participants, de manière inconsciente et collective, et il a toutes les […]
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Dimanche 6 mai 2012 7 06 /05 /Mai /2012 16:45


Retranscription des Rencontres du café des décroisseurs berrichons le 25 mai 2011 Sortir de l’économie ? (ou plutôt comment l’économie a été inventée…) Un débat avec Serge Latouche et Anselm Jappe Présentation du débat : Clément Homs Je vais essayer de justifier en quelques mots l’invitation que nous avons faite à Serge Latouche et Anselm Jappe pour ces rencontres du café des décroisseurs berrichons à l’Ecole des Beaux-Arts de Bourges. Serge Latouche que nous avons le plaisir d’accueillir dans notre ville, est connu bien sûr pour être un des penseurs du mouvement de la « décroissance ». Mais c’est depuis une quarantaine d’années qu’il critique le « développement » en tant que tel, c’est-à-dire une vaste idéologie occidentale qui naît après la Seconde guerre mondiale dans le contexte de la guerre froide[1]et dont l’idéologie du « développement durable » n’est que l’ultime avatar […]
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Mercredi 2 mai 2012 3 02 /05 /Mai /2012 00:00


41% des Portugais ne sont pas allés voter aux élections du printemps 2011 ; 28,4% des Français n'ont pas voulu être représentés au soir du premier tour des élections présidentielles d'avril 2012 ; les élections en Grèce au même moment expriment un défiance généralisée vis-à-vis des partis de gouvernement qu'aucun « parti alternatif » n'arrive à canaliser en sa faveur : dans toutes les sociétés capitalistes, craque de toutes parts la même « démocratie représentationnelle » au fur et à mesure que la crise de la valeur implique dans son même mouvement auto-destructeur, la désétatisation et donc la fin de la forme moderne de ce que l'on appelle encore, depuis les Lumières et la Révolution française, la « politique » sous sa forme moderne. Mais ce que nous désignons justement aujourd'hui par « politique » ne peut être compris de manière transhistorique et universelle. Elle est seulement […]
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Mardi 24 avril 2012 2 24 /04 /Avr /2012 20:03


Ci-dessus, un extrait très intéressant d'un texte de Bruno Astarian. Si les deux premières parties du texte « Activité de crise et communisation », touchent des questions propres à une mouvance de la communisation qui s'est peut-être trop peu intéressée à la critique de la valeur dans l'œuvre de la maturité de Marx (dans la filiation de Roubine, Rosdolsky, Debord, Vincent, Postone, Kurz, Trenkle, Jappe, etc. [1] ), la partie III de ce texte est particulièrement éclairante sur bien des questions et perspectives qui s'ouvriront dans un horizon postcapitaliste, celui de la communisation comme sortie de l'économie. Mettre sens dessus-dessous la socialisation présente constituée par la fonction socialement automédiatisante du travail (le travail abstrait), c’est le mouvement même de la suppression de l'économie au sein de la vie sociale comme l'avait déjà vu clairement Georg Lukacs en […]
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Samedi 24 mars 2012 6 24 /03 /Mars /2012 08:00

Ci-dessous, quelques informations reçues sur des luttes d'occupation de terres agricoles dans la région d'Andalousie en mars 2012, qui pourraient être susceptibles, en dépassant l'autonomie ouvrière et l'auto-gestion coopérative de la production, de produire des activités d'écarts avec notre détermination dans les formes sociales capitalistes, comme on a pu parfois en voir des prémisses dans la frange la plus lucide du mouvement des piqueteros argentins dans les années 2000 (voir la brochure de Bruno Astarian, son texte Activité de crise et communisation - notamment la 3ème partie - ou encore le texte de Roland Simon, Le moment actuel dans la revue SIC, n°1). Nous savons que durant la Guerre d'Espagne et notamment dans les campagnes d'Aragon en 1936-1937, le pays a connu une immense expérience historique d'expropriation, racontée par exemple dans le livre de Félix Carrasquer [1]. […]
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Mardi 28 février 2012 2 28 /02 /Fév /2012 19:34


Au mois de mars 2012, paraîtra la traduction de l'ouvrage « Crack Capitalisme » (traduit par « Brèche dans le capital »), de John Holloway, un auteur confus sur la compréhension de la nature du « travail abstrait » (cf. Postone) mais pas toujours inintéressant. Le dernier numéro de la revue Variations, comprenait aussi le texte La rage contre le règne de l'argent. Ci-dessous une traduction d'un dernier texte au sujet de la Grèce, faite par Julien Bordier. PP. Nous finalisons en ce moment la dernière lecture-correction des pages non montées de Crack Capitalism. La publication de ce livre n’est donc plus qu’une question de semaines. En attendant, voici la traduction d’un texte très récent de John Holloway sur les mouvements sociaux en Grèce (Editions Libertalia). Je n’aime pas la violence. Je ne pense pas que l’on gagne beaucoup à brûler des banques et faire tomber des vitrines. Et […]
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Lundi 28 novembre 2011 1 28 /11 /Nov /2011 00:00


Dans « Les Dépossédés » (1974), Ursula Le Guin nous invitait à ne pas faire la révolution mais d'être la révolution. Dans une société fétichiste, il n'y a pas de palais d'Hiver à prendre, pas de coeur institutionnel à conquérir d'où le château de cartes pourrait s'effondrer (pour une argumentation sur ce point, voir ce texte sur la forme historiquement spécifique des institutions modernes). Ce sont l'ensemble des rapports sociaux capitalistes que nous constituons tous et toutes, structurés par le travail socialement médiatisant, l'argent et le mouvement fétichiste de la valeur que nos milliards d'action constituent, qui doivent être l'objet de la transformation vers l'émancipation. Des rapports sociaux économiques doivent devenir des rapports sociaux non-économiques. Dans le surgissement de cet écart là, la violence expropriatrice et défensive d'expériences radicales de […]
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Dimanche 20 novembre 2011 7 20 /11 /Nov /2011 08:38


De quoi l’indignation est-elle le nom ? Au cœur de la société capitaliste, une nécessaire rupture Octobre 2011 Voir le Fichier : De_quoi_lindignation_est_elle_le_nom___Au_coeur_de_la_societe_capitaliste_une_necessaire_rupture_4.pdf Depuis plusieurs mois en Europe sur la place de la « Puerta del Sol » à Madrid comme aux Etats-Unis avec le mouvement « Occuper Wall Street », des dizaines de milliers de gens qualifiés d’ « indignés » descendent dans les rues, mais l’on s’indigne de quoi au juste ? Pour s’indigner à un moment de l’histoire de la forme de vie capitaliste, il faut qu’auparavant l’on ait pu se sentir sinon fier du moins digne - en l’ayant accepté sans trop savoir et sans trop choisir (on s’y est fait doucement en échange d’un certain confort - le niveau de vie) d’avoir vécu de manière simple et honnête, et avec le sentiment du « travail bien fait », dans une telle forme de […]
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Mardi 15 novembre 2011 2 15 /11 /Nov /2011 10:37


Ci-dessous, voici quelques notes au sujet d'une intervention dans une causerie militante qui avait pour thème : " Pour sortir de l'industrialisme, peut-on s'appuyer sur les institutions existantes ? " Résumé rapide et simplifié du propos : Il faut rompre avec une vision commune que nous avons tous, d’une société moderne que l’on croit fondée sur des rapports sociaux politiques et notamment les institutions existantes. La politique dans sa forme moderne ne s’opposera jamais à l’économique. La société moderne c’est d’abord une forme de vie collective structurée par le travail et l’argent et qui trouve sa dynamique dans la logique de la valeur qui se valorise (le capital comme sujet automate qui au travers de son mouvement reproduit la société qu'il constitue réellement). La forme politique moderne et les institutions existantes ne sont que le corrélat de cette forme de vie collective […]
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Vendredi 28 octobre 2011 5 28 /10 /Oct /2011 09:34


Baudrillard et la genèse idéologique des besoins Depuis que le discours sur les besoins est apparu après la Seconde guerre mondiale, notamment suite au discours du président américain Harry Truman en 1949 sur le « développement » [1], de nombreux auteurs se sont mis à critiquer bien plus que cette idée simpliste et erronée qu'il existerait des « vrais besoins » (utiles et fondamentaux) et des « faux besoins » (inutiles et artificiels) : des auteurs ont critiqué l'évidence même du concept de « besoin ». L'anthropologue Gerald Berthoud (on le sait proche du M.A.U.S.S.) dira même que ce concept n'est pas du tout assuré, que le terme de besoin n'est pas un concept pertinent et qu'il n'est qu'une « prénotion » au sens de Durkheim (dans « Il faut manger pour vivre... Controverses sur les besoins fondamentaux et le développement », PUF, 1980). Face au discours économique qui naturalise […]
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Mercredi 15 juin 2011 3 15 /06 /Juin /2011 14:05


Ci-dessous une importante brochure qui critique la pensée autogestionnaire. Cette critique s'adresse notamment mais pas seulement, aux 300 manifestants de la Fédération Anarchiste qui le 21 mai 2011 ont défilé dans Paris pour réclamer l'autogestion de la forme de vie présente, c'est-à-dire de ses usines et entreprises, sans les mettre en cause en tant que tels avec le travail, la valeur, la marchandise, le temps abstrait et l'argent qui forment leur monde. Même si les auteurs de cette brochure ne vont pas trop dans les détails de la théorie critique de la socialisation capitaliste-marchande (double nature du travail sous le capitalisme, critique de la valeur d'usage, etc.), beaucoup se retrouveront dans sa critique des catégories marchandes en elle-mêmes (saisissant des formes de cohésion sociale qui n'existent qu'en tant que socialisation structurante dans la seule société […]
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Mercredi 16 mars 2011 3 16 /03 /Mars /2011 06:31


Le texte ci-dessous est extrait du livre de Robert Kurz « Lire Marx. Les textes les plus importants de Karl Marx pour le XXIe siècle, choisis et commentés par Robert Kurz » (La balustrade, 2002, p. 361-371. Il introduit le dernier chapitre du livre intitulé « Appropriation universelle d'une totalité des forces productives : critères de dépassement du capitalisme » (chapitre VIII). Hors de tout cadre universitaire et académique, Robert Kurz (1943-2012) était un militant et théoricien allemand de ces dernières décennies, qui au sein des groupes Krisis puis Exit !, a développé une critique des catégories/formes sociales de base de la socialisation capitaliste. Une bibliographie non-exhautive sur Robert Kurz est indiquée au bas de cette page. Sommaire de « Lire Marx » de R. Kurz : - Préface - Introduction : Les destinées du marxisme. Lire Marx au XXIe siècle - Chapitre I : Ils ne le […]
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Mercredi 25 août 2010 3 25 /08 /Août /2010 08:22


Ci-dessous, le texte prononcé par le philosophe Gérard Briche début août 2010 au Forum Transnational pour l'émancipation humaine à Fortaleza au Brésil, une rencontre internationale autour de la critique de la valeur (wertkritik). Avec une qualité pédagogique précieuse, ce texte propose une présentation possible, une sorte de porte d'entrée, une invitation à une étude approfondie de la réflexion propre à la mouvance de la critique de la valeur qui est par ailleurs plurielle. Ce texte peut-être considéré comme la suite logique d'un précédent texte de Gérard Briche, Guy Debord et le concept de spectacle : sens et contre-sens (allocution à Bourges en mai 2010). Son auteur est membre des comités de rédaction des revues allemandes Krisis et Exit, deux revues qui animent la mouvance de la wertkritik dans le monde germanophone. Sur ce thème on pourra lire aussi sur ce site Le seul critère […]
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Jeudi 29 juillet 2010 4 29 /07 /Juil /2010 09:45

A la différence d'autres discours critiques souvent idéalistes, ce n'est pas parce qu'on est plus nombreux à comprendre et partager une critique comme celle de la " wertkritik ", que ce geste même de compréhension/diffusion consiste en une pratique changeant le monde. Le dévoilement d’un fonctionnement social par le geste de la pensée, n’a pas du tout comme conséquence logique la fin du fonctionnement social-historique réel. La critique de la valeur comme Distributeur Automatique de Bannières ? Une question revient souvent dans des discussions : « la critique de la valeur cela a l'air d'etre très intérressant, mais pour changer le monde qu'est-ce que vous proposez concrètement » ? La critique me semble-t-il n'a pas à fournir en pièce jointe un mode d'emploi pour une organisation alternative toute faite de l’emploi de la vie. Elle développe une explication possible de la réalité […]
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Jeudi 15 juillet 2010 4 15 /07 /Juil /2010 16:30


Ci dessous, le texte d'un exposé de Norbert Trenkle en juin 2003, sur la critique du travail et l'abolition de la société marchande. Norbert Trenkle appartient au groupe allemand Krisis, un des groupes internationaux qui se réclame de la mouvance que l'on appelle la « wertkritik » (critique de la valeur) . La critique de la valeur existe depuis un peu plus d'une vingtaine d'années (1986/1987). L'une des étapes essentielles de son élaboration a été la fondation de la revue « Krisis, Contribution à la critique de la société marchande » en Allemagne en 1986 ; d'autres jalons (surgis indépendamment l'un de l'autre) ont été la publication de « Temps, travail et domination sociale. Une réinterprétation de la théorie critique de Marx » de Moishe Postone en 1993 et - dans une perspective partiellement différente - de « Critique du travail. Le faire et l'agir » du philosophe français […]
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Qu'est-ce que la wertkritik (Critique de la valeur) ?

Avec d'une part le travail magistral de Moishe Postone, et d'autre part les groupes allemands et autrichiens comme Krisis, Exit !, Streifzüge avec des théoriciens comme Robert Kurz, Roswitha Scholz, Norbert Trenkle, Anselm Jappe, Gérard Briche, Ernst Lohoff, et plusieurs autres auteurs, de nouvelles lectures de l'œuvre de la maturité de Marx sont apparues durant les deux dernières décennies. La relecture opérée par Robert Kurz (1943-2012), principal théoricien de la « Critique de valeur » (wertkritik) ou encore appelée théorie critique de la « dissociation-valeur », a cherché avec Marx mais aussi au-delà de Marx, à renouveler les fondements d'une théorie critique radicale de l'économie politique au XXIe siècle.  


A la différence des lectures traditionnelles de Marx avec lesquelles elle rompt, cette nouvelle critique s'est en grande partie faite remarquée pour avoir articulé une approche théorique qui porte une attention particulière au caractère fétichiste de la production de marchandises, à la dimension abstraite de tout travail (le travail abstrait), à la distinction entre valeur et richesse matérielle et à la nature du capital comme « sujet automate » (la formule est de Marx lui-même). Le capitalisme est ici interprété comme une forme historique de fétichisme. Ainsi, à la différence des marxismes traditionnels, les sujets principaux du capitalisme ne sont ni le prolétariat, ni la bourgeoisie, mais plutôt le fétiche-capital lui-même (la valeur qui s'autovalorise) que paradoxalement nous ne cessons de constituer au quotidien au travers de nos rapports sociaux. Un des points centraux de ce nouveau travail théorique a été de développer une critique du capitalisme qui ne s'arrête pas au niveau des antagonismes de classes sociologiques, à la question des rapports de distribution et de propriété privée des moyens de production. La classe capitaliste gère un processus de production de marchandises à son propre profit, mais n'en est pas l'auteur ni le maître. Travailleurs et capitalistes ne sont que les fonctionnaires d'un processus fétichiste qui à la fois les dépasse et ne cesse d'être constitué par eux. La lutte des classes si elle existe bel et bien, en affirmant positivement le travail et le point de vue de la classe prolétaire, n'est en réalité qu'une lutte d'intérêts toujours constitués à l'intérieur des formes de vie et de socialisation capitalistes.


Ainsi à l'inverse de l'anticapitalisme tronqué, la critique de la valeur ose enfin critiquer le système dans sa totalité, et d'abord critiquer pour la première fois son principe de synthèse sociale, le travail en tant que tel, dans ses deux dimensions concrète et abstraite, comme activité socialement médiatisante et historiquement spécifique au seul capitalisme, et non comme simple activité instrumentale, naturelle et transhistorique, comme si le travail était l'essence générique de l'homme qui serait captée extérieurement par le capital. Comme si encore le travail n'était que l'activité transhistorique du métabolisme entre l'homme et la nature. L'économie est une réalité sociale qui émerge et existe comme telle que dans les sociétés capitalistes à partir des XIVe et XVe siècles. C'est le double caractère du travail et non le marché, le rapport social de domination d'une classe sur une autre et la propriété privée des moyens de production, qui constitue le noyau du capitalisme. Dans la société capitaliste seulement, le travail abstrait se représente dans la valeur, la valeur est l'objectivation d'un lien social aliéné, elle est donc historiquement spécifique qu'à la seule formation sociale capitaliste. Dans cette compréhension encore, la valeur n'est pas limitée à la seule « sphère économique », mais impose sa structure à toute la société, elle est une forme sociale de vie et de socialisation, un « fait social total ». La valeur d'échange d'une marchandise n'est que l'expression, la forme visible, de la valeur « invisible ».


Un mouvement d'émancipation du fétichisme de la valeur, ne peut plus critiquer ce monde à partir du point de vue du travail. Il ne s'agit donc plus de libérer le travail du capital, mais de se libérer du travail en tant que tel, non pas en faisant travailler les machines à la place car le mode industriel de production est intrinsèquement capitaliste (la technologie n'est pas neutre), mais en abolissant une activité posée au centre de la vie comme socialement médiatisante. Cependant la critique radicale n'a pas à fournir en pièce jointe, un mode d'emploi pour une organisation alternative de l’emploi de la vie. Elle développe une explication possible du monde présent, des souffrances réelles de nos propres vies et des exigences sociales qui leurs sont imposées, mais elle ne constitue pas un mode d'emploi expliquant comment construire correctement une « société idéale ». La critique de la dissociation-valeur dénaturalise toute forme d'économie, et c'est là déjà une forme de pratique radicale. Le seul critère proposé par la wertkritik, c'est qu'aucun medium fétichiste (comme aujourd'hui le travail) ne s'interpose désormais entre les individus sociaux et entre les individus sociaux et le monde. Et comme cela n'a jamais existé, un monde au-delà des divers fétichismes sociaux reste à inventer. Mais il n’y a pas de compromis possible avec l’économie, c’est-à-dire avec le travail comme forme capitaliste du métabolisme avec la nature, et comme médiation sociale entre les humains. Redistribuer les richesses capitalistes comme le préconisent les économistes de gauche à la sauce néo-keynésienne, ce n'est pas s'opposer à la forme de vie sociale capitaliste. De plus, on ne peut privilégier à côté de l'économique, d'autres dimensions (le don, l'entraide, le care, etc.) qui pourraient exister parallèlement, car la valeur est une forme sociale totale fétichiste qui envahit tout : il faut sortir carrément de l’économie en inventant d’autres formes de médiation sociale entre nous, que celles du travail, de la marchandise, de l’argent, du capital qui branche nos « capacités de travail » sur ses agencements sociaux et ses machines.


D'autres points forts de ce nouveau travail théorique a été de fournir une structure qui permette de comprendre le processus de crise économique qui a commencé dans les années 1970 et dont les considérables effets actuels sont souvent compris comme une simple « crise financière », ou encore un autre apport a été l'élaboration d'une théorie socio-historique de la connaissance et de la subjectivité qui rompt avec l'épistémologisme contemporain, tout en permettant de comprendre autrement l'antisémitisme, le racisme, la politique, l'Etat, le droit, la domination patriarcale, etc. Pour faire plus ample connaissance avec ce nouveau travail théorique rompant avec le marxisme, on pourra aller voir dans la partie " présentation de la wertkritik 

 

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