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Textes contre le travail

Lundi 29 avril 2013 1 29 /04 /Avr /2013 08:24


La traduction française de ce texte est initialement parue dans la revue « Variations. Revue internationale de théorie critique » en 2012. Philosophe, Maria Wölflingseder après un bref passage par les séminaires du groupe allemand Krisis, fait partie aujourd'hui du groupe-magazine autrichien Streifzüge, avec qui André Gorz a eu beaucoup de liens. Les positions des auteurs de Streifzüge ont été vivement critiquées dans les années 2000 par Exit !, Robert Kurz qualifiant Streifzüge d'être devenu « le ''Salut les copains'' de la critique de la valeur » et leur reprochant d'avoir rompu avec plusieurs aspects de la théorie de la crise. Krisis a aussi sur de nombreux points pris ses distances avec ce magazine autrichien. Travail fétiche* Maria Wölflingseder « Le “travail” est, de par son essence même, l’activité non libre, inhumaine, asociale [...]. » Karl Marx[1] Voir le Fichier : […]
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Jeudi 20 décembre 2012 4 20 /12 /Déc /2012 00:00


Travail forcé et éthos du travail Claus Peter Ortlieb* Voir le Fichier : C_P_Ortlieb_Travail_force_et_ethos_du_travail_2012.pdf « Les méthodes de production modernes ont rendu possibles le confort et la sécurité pour tous ; à la place, nous avons choisi le surmenage pour les uns et la famine pour les autres. Jusqu’à présent nous avons continué à déployer la même activité qu’au temps où il n’y avait pas de machines ; en cela nous nous sommes montrés stupides, mais rien ne nous oblige à persévérer éternellement dans cette stupidité. » Bertrand Russell, Eloge de l’oisiveté, 1932 Quatre-vingt ans et une crise économique mondiale plus tard, notre intelligence n’a manifestement guère progressé, au contraire : si depuis lors la productivité du travail dans l’industrie et l’agriculture s’est vue grosso modo décuplée, on ne peut pas dire qu’elle ait apporté à tous confort et sécurité. […]
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Vendredi 19 octobre 2012 5 19 /10 /Oct /2012 07:23


Le numéro 17 de « Variations. Revue internationale de théorie critique » vient de sortir (automne 2012). Un numéro copieux, intégralement disponible en ligne et qui comprend de nombreux textes très intéressants. - Alexander Neumann, « Dans le labyrinthe du Minotaure » Tout un dossier porte ensuite sur la correspondance entre Jean-Marie Vincent et André Gorz. Peut-être plus que Sartre ou Illich, André Gorz dans l'introduction de son dernier livre « Ecologica » (Galilée, 2008), laisse entendre que l'influence qui l'aura finalement le plus marquée (hormis Dorine), est celle de ce philosophe français trop peu connu, Jean-Marie Vincent. Auteur qui l'a poussé à lire les « Grundrisse » et à réviser ses propres positions sur les sphères autonome et hétéronome par exemple, ou encore sa position sur l'hypothèse hasardeuse d'un dépassement de la logique coercitive d'une forme de vie sociale […]
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Mercredi 11 avril 2012 3 11 /04 /Avr /2012 17:00


Ci-dessous, un texte paru en 2004 de Karl-Heinz Lewed, membre du groupe allemand Krisis. Un autre texte de cet auteur est disponible sur ce site, La rage de la classe moyenne. Voir le Fichier : Karl_Heinz_Lewed_Au_lieu_du_travail_precaire_labolition_du_travail.pdf Au lieu du travail précaire, l’abolition du travail* Karl-Heinz Lewed Ce n’est pas tout à fait ainsi que les idéologues de la société de services moderne nous avaient dépeint le futur : stress au travail sans la sécurité de l’emploi, quasi-esclavage dans des micro-entreprises exploitant des niches économiques, jobs temporaires par le truchement de douteuses agences de placement, bas salaires pour les employés des services, auto-entreprenariat et prise en charge personnelle comme instrument de coercition pour contrôler et diriger les masses laborieuses. La New Economy vient à peine de s’effondrer et il est déjà manifeste […]
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Dimanche 11 décembre 2011 7 11 /12 /Déc /2011 15:41


Anselm Jappe Le travail du négatif Voir le Fichier : Le_travail_du_negatif_Anselm_Jappe.pdf L’autobiographie de Guy Debord, intitulée Panégyrique, compte un deuxième volume, publié après sa mort. Il contient surtout des photographies, et parmi celles du premier chapitre on trouve l’image d’un mur, noirci par le temps, qui porte le graffiti « Ne travaillez jamais ». La didascalie précise : « Inscription sur le mur de la rue de Seine (1953) ». Le petit livre se clôt avec un « aperçu chronologique », consistant seulement en 16 brèves entrées. Le troisième événement que Debord mentionne dans ce résumé ultra-condensé de sa vie, après sa naissance et son premier film, est « 1953 : Inscription sur un mur de la rue de Seine ». Cette inscription à la craie, exécutée lorsqu’il avait 21 ans et probablement vite disparue, était donc selon le fondateur de l’Internationale situationniste une des […]
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Vendredi 25 novembre 2011 5 25 /11 /Nov /2011 20:00


Ci-dessous un texte de Claus Peter Orlieb, un auteur de la mouvance allemande de la critique de la valeur, membre aujourd'hui du groupe-revue EXIT ! Crise et critique de la société marchande créé en 2004 suite à une scission au sein du groupe allemand KRISIS, une revue qui entend renouveler de fond en comble (avec Marx et au-delà de Marx) une théorie critique radicale de la forme de vie sociale capitaliste, et dont les plus connus des théoriciens sont Roswitha Scholz (auteur de « Le Sexe du capitalisme ») et Robert Kurz (auteur de « Le Livre noir du capitalisme »). Cet article, qui peut faire polémique dans la mouvance de la critique de la valeur sur ces aspects propositionnels (comme R. Kurz, l'auteur tend à naturaliser les phénomènes de la production et des besoins comme quelque chose de transhistorique et sur lesquels nous pourrions nous appuyer pour dégager une autre […]
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Samedi 10 septembre 2011 6 10 /09 /Sep /2011 18:32


C’est écrit du bureau par un « des salariés un peu plus installés » dont parle le texte « Ce que nous refusons, c’est votre enfer » sur la maison qui pue. Captifs au bureau Desserrer les contraintes économiques liées au travail, essayer de le faire collectivement en leur substituant d’autres interactions, d’autres rapports entre les gens au quotidien. Se libérer du travail en cherchant d’autres façons de subvenir à ses besoins, voire reconsidérer ces besoins en chemin, approfondir des solidarités en puisant ses forces sur ce temps libéré, voilà en somme l’idée générale. Une idée simple, mais qui se heurte à l’ambiguïté des situations quotidiennes. Au doute qui subsiste dans l’isolement, et malgré l’obstination à penser le monde à rebours de ce qu’il est officiellement, à faire œuvre de volonté plutôt que se laisser traverser par lui. Il est en effet plus simple de vivre couché que […]
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Vendredi 3 décembre 2010 5 03 /12 /Déc /2010 12:35


Ce texte du philosophe Jean-Marie Vincent a été publié dans la revue trimestrielle Critiques de l’économie politique, nouvelle serie n° 1, « Travail et force de travail », pp. 19-49, octobre-décembre 1977, éd. François Maspero. Scannérisation inédite par le site Arbeit Macht Nicht Frei. Nous proposerons ultérieurement une préface à la publication de ce texte très intéressant sur internet. Bonne lecture à tou-te-s (PP). Voir le Fichier : JM_Vincent_-_La_domination_du_travail_abstrait.pdf Jean-Marie Vincent (1934-2004) était philosophe et sociologue, fondateur et directeur du département de sciences politiques, Paris VIII, homme de revue. D'un marxisme très hétérodoxe, à la marge de ce que le dogmatisme marxiste de la LCR pouvait supporter comme critique conséquente du capitalisme. Au parcours théorique très solitaire en France, il fut un des rares penseurs français a avoir dégagé […]
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Lundi 1 novembre 2010 1 01 /11 /Nov /2010 12:07


Ci-dessous l'article de Franz Schandl, philosophe autrichien, membre du groupe allemand « Krisis » et qui participe au magazine « Streifzüge » dédié à la diffusion de la wertkritik dans le monde germanophone : Il est relativement facile à qui fait preuve de bonne volonté et ne marche pas sur la tête de pénétrer l’univers des philosophes. La langue de Günther Anders n’est pas que magistrale, elle est aussi courante, au meilleur sens du terme, sans jamais devenir banale. Anders laisse beaucoup de portes grand ouvertes : nulle part il ne donne à ses propos le caractère illustre et sublime d’une aura. Les questions, les thèmes et même les formes littéraires changent en fonction des exigences du moment. L’écriture qu’il reconnaît comme adéquate ne revendique aucun genre (PS, 132 sq.). Ne se laissant pas enfermer, Anders est par conséquent difficile à classer dans une catégorie. Anders […]
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Mercredi 11 août 2010 3 11 /08 /Août /2010 00:00


Jean-Marie Vincent (1934-2004) était philosophe et sociologue, fondateur et directeur du département de sciences politiques, Paris VIII, homme de revue. D'un marxisme très hétérodoxe, à la marge de ce que le dogmatisme marxiste de la LCR pouvait supporter comme critique conséquente du capitalisme. Il fut un des rares penseurs français a avoir dégagé dans son oeuvre une compréhension originale du travail et de la valeur, partiellement différente à celle de la mouvance de reformulation d'une critique véritablement fondée du capitalisme et que l'on appelle en Allemagne la " wertkritik ". J-M Vincent n'était pas sans connaître les auteurs allemands de la " werkritik " et certaines rencontres ont parfois pu avoir lieu (pour autant J-M Vincent n'a jamais été le directeur de thèse d' Anselm Jappe comme l'affirme le livre confus et bien ignorant sur de très nombreux points L'évanescence de […]
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Lundi 19 avril 2010 1 19 /04 /Avr /2010 15:35


Ci-dessous un extrait essentiel du grand livre de l'historien Moishe Postone, " Temps, travail et domination sociale. Une réinterprétation de la théorie critique de Marx ", éditions Mille et une nuits, 2009. Merci à Denis et Eric pour la retranscription : C'est en abordant les catégories marxiennes, intrinsèquement liées entre elles, de marchandise, de valeur et de travail abstrait comme catégories d'une forme déterminée d'interdépendance sociale que l'on commence à les comprendre. (Étant donné qu'il ne commence pas par les questions habituelles – par exemple, se demander si l'échange sur le marché est régulé par des quantités relatives de travail objectivé, par des considérations d'utilité ou d'autres facteurs –, ce type d'approche évite de traiter les catégories de Marx trop étroitement en tant que catégories socio-économiques qui présupposent ce que Marx tente au contraire […]
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Samedi 3 avril 2010 6 03 /04 /Avr /2010 15:44


Extrait de Temps, Travail et Domination Sociale, pp. 247-255, éditions Mille et une nuits, 2009. Merci au site " Le travail est la prière des esclaves " pour le scan. Maintenant, je puis me tourner vers la question de savoir pourquoi Marx, dans son analyse immanente, présente le travail abstrait en tant que travail physiologique. Nous avons vu que le travail, dans sa fonction historiquement déterminée d’activité socialement médiatisante, est la « substance de la valeur », l’essence déterminante de la formation sociale. Parler de l’essence d’une formation sociale ne va nuellement de soi. La catégorie d’essence présuppose la catégorie de forme phénoménale. Parler de l’essence là où il n’existe aucune différence entre ce qui est et la manière dont cela apparaît est dépourvu de sens. Ce qui caractérise une essence, c’est qu’elle n’apparaît pas et ne peut pas apparaître directement, mais […]
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Dimanche 10 janvier 2010 7 10 /01 /Jan /2010 17:42


Extrait du livre de Robert Kurz aujourd’hui épuisé, " Lire Marx. Les textes les plus importants de Karl Marx pour le XXIe siècle. Choisis et commentés par Robert Kurz ", La Balustrade, Paris, 2002, pp. 123-127. Le texte en intégralité Voir le Fichier : Critique_et_crise_du_travail_Robert_Kurz_dans_Lire_Marx.pdf Critique et crise de la société du travail Robert Kurz 2000 L’autre Marx, le Marx ésotérique, celui de la critique radicale catégorique se discerne bien moins nettement en ce qui concerne la critique du travail. Sur ce point, Marx semble généralement en accord avec le marxisme positiviste du mouvement ouvrier. De longs passages de son argumentation présentent le travail comme une évidence, comme une nécessité naturelle éternelle ou interprètent le travail comme une entité supra-historique de l’homme. Marx suit ici le mouvement ouvrier historique qui voit dans le travail le […]
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Mercredi 23 décembre 2009 3 23 /12 /Déc /2009 09:45


Ci-dessous, un extrait du livre de Robert Kurz " Lire Marx. Les textes les plus importants de Karl Marx pour le XXIe siècle. Choisis et commentés par Robert Kurz ", La balustrade, 2002 (p. 45-51). Cet extrait s'attache notamment à critiquer le marxisme traditionnel [1]. Voir le Fichier : Ils_ne_le_savent_pas_mais_ils_le_font_Robert_Kurz.pdf Le mode de production capitaliste est une fin en soi irrationnelle Robert Kurz 2000 Si l’on feuillette la littérature marxiste et antimarxiste des XIXe et XXe siècles, on retrouve tout au long, avec une lassante régularité, la même réduction : qu’il soit question du capitalisme de façon positive ou négative c’est presque exclusivement en catégories sociologiques de « classes » ou « couches » sociales, tandis que les formes sociales sur lequel il est fondé restent en quelques sortes neutres (ou bien l’on ne discute que de leur regroupement et de […]
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Dimanche 25 octobre 2009 7 25 /10 /Oct /2009 21:03


Avec Marx, contre le travail. Par Anselm Jappe * A propos de Moishe Postone, Temps, travail et domination sociale. Une réinterprétation de la théorie critique de Marx, trad. O. Galtier et L. Mercier, Mille et une nuits, Paris, 2009, 591 p., 28 € ; Isaac I. Roubine, Essais sur la théorie de la valeur de Marx, trad. J.-J. Bonhomme, Éditions Syllepse, Paris, 2009, 335 p., 24 €. Voir le Fichier : Avec_Marx_contre_le_travail.pdf En prenant pour mot d’ordre l’affranchissement du travail, la sortie de l’exploitation, les marxistes traditionnels ont négligé le fait que Marx mène une critique non seulement de l’exploitation capitaliste, mais du travail lui-même, tel qu’il existe dans la société capitaliste. Dès lors, il s’agit non pas de remettre au centre le travail, mais au contraire de critiquer la place centrale prise par le travail dans ce système, où il régit tous les rapports sociaux. […]
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Qu'est-ce que la wertkritik (Critique de la valeur) ?

Avec d'une part le travail magistral de Moishe Postone, et d'autre part les groupes allemands et autrichiens comme Krisis, Exit !, Streifzüge avec des théoriciens comme Robert Kurz, Roswitha Scholz, Norbert Trenkle, Anselm Jappe, Gérard Briche, Ernst Lohoff, et plusieurs autres auteurs, de nouvelles lectures de l'œuvre de la maturité de Marx sont apparues durant les deux dernières décennies. La relecture opérée par Robert Kurz (1943-2012), principal théoricien de la « Critique de valeur » (wertkritik) ou encore appelée théorie critique de la « dissociation-valeur », a cherché avec Marx mais aussi au-delà de Marx, à renouveler les fondements d'une théorie critique radicale de l'économie politique au XXIe siècle.  


A la différence des lectures traditionnelles de Marx avec lesquelles elle rompt, cette nouvelle critique s'est en grande partie faite remarquée pour avoir articulé une approche théorique qui porte une attention particulière au caractère fétichiste de la production de marchandises, à la dimension abstraite de tout travail (le travail abstrait), à la distinction entre valeur et richesse matérielle et à la nature du capital comme « sujet automate » (la formule est de Marx lui-même). Le capitalisme est ici interprété comme une forme historique de fétichisme. Ainsi, à la différence des marxismes traditionnels, les sujets principaux du capitalisme ne sont ni le prolétariat, ni la bourgeoisie, mais plutôt le fétiche-capital lui-même (la valeur qui s'autovalorise) que paradoxalement nous ne cessons de constituer au quotidien au travers de nos rapports sociaux. Un des points centraux de ce nouveau travail théorique a été de développer une critique du capitalisme qui ne s'arrête pas au niveau des antagonismes de classes sociologiques, à la question des rapports de distribution et de propriété privée des moyens de production. La classe capitaliste gère un processus de production de marchandises à son propre profit, mais n'en est pas l'auteur ni le maître. Travailleurs et capitalistes ne sont que les fonctionnaires d'un processus fétichiste qui à la fois les dépasse et ne cesse d'être constitué par eux. La lutte des classes si elle existe bel et bien, en affirmant positivement le travail et le point de vue de la classe prolétaire, n'est en réalité qu'une lutte d'intérêts toujours constitués à l'intérieur des formes de vie et de socialisation capitalistes.


Ainsi à l'inverse de l'anticapitalisme tronqué, la critique de la valeur ose enfin critiquer le système dans sa totalité, et d'abord critiquer pour la première fois son principe de synthèse sociale, le travail en tant que tel, dans ses deux dimensions concrète et abstraite, comme activité socialement médiatisante et historiquement spécifique au seul capitalisme, et non comme simple activité instrumentale, naturelle et transhistorique, comme si le travail était l'essence générique de l'homme qui serait captée extérieurement par le capital. Comme si encore le travail n'était que l'activité transhistorique du métabolisme entre l'homme et la nature. L'économie est une réalité sociale qui émerge et existe comme telle que dans les sociétés capitalistes à partir des XIVe et XVe siècles. C'est le double caractère du travail et non le marché, le rapport social de domination d'une classe sur une autre et la propriété privée des moyens de production, qui constitue le noyau du capitalisme. Dans la société capitaliste seulement, le travail abstrait se représente dans la valeur, la valeur est l'objectivation d'un lien social aliéné, elle est donc historiquement spécifique qu'à la seule formation sociale capitaliste. Dans cette compréhension encore, la valeur n'est pas limitée à la seule « sphère économique », mais impose sa structure à toute la société, elle est une forme sociale de vie et de socialisation, un « fait social total ». La valeur d'échange d'une marchandise n'est que l'expression, la forme visible, de la valeur « invisible ».


Un mouvement d'émancipation du fétichisme de la valeur, ne peut plus critiquer ce monde à partir du point de vue du travail. Il ne s'agit donc plus de libérer le travail du capital, mais de se libérer du travail en tant que tel, non pas en faisant travailler les machines à la place car le mode industriel de production est intrinsèquement capitaliste (la technologie n'est pas neutre), mais en abolissant une activité posée au centre de la vie comme socialement médiatisante. Cependant la critique radicale n'a pas à fournir en pièce jointe, un mode d'emploi pour une organisation alternative de l’emploi de la vie. Elle développe une explication possible du monde présent, des souffrances réelles de nos propres vies et des exigences sociales qui leurs sont imposées, mais elle ne constitue pas un mode d'emploi expliquant comment construire correctement une « société idéale ». La critique de la dissociation-valeur dénaturalise toute forme d'économie, et c'est là déjà une forme de pratique radicale. Le seul critère proposé par la wertkritik, c'est qu'aucun medium fétichiste (comme aujourd'hui le travail) ne s'interpose désormais entre les individus sociaux et entre les individus sociaux et le monde. Et comme cela n'a jamais existé, un monde au-delà des divers fétichismes sociaux reste à inventer. Mais il n’y a pas de compromis possible avec l’économie, c’est-à-dire avec le travail comme forme capitaliste du métabolisme avec la nature, et comme médiation sociale entre les humains. Redistribuer les richesses capitalistes comme le préconisent les économistes de gauche à la sauce néo-keynésienne, ce n'est pas s'opposer à la forme de vie sociale capitaliste. De plus, on ne peut privilégier à côté de l'économique, d'autres dimensions (le don, l'entraide, le care, etc.) qui pourraient exister parallèlement, car la valeur est une forme sociale totale fétichiste qui envahit tout : il faut sortir carrément de l’économie en inventant d’autres formes de médiation sociale entre nous, que celles du travail, de la marchandise, de l’argent, du capital qui branche nos « capacités de travail » sur ses agencements sociaux et ses machines.


D'autres points forts de ce nouveau travail théorique a été de fournir une structure qui permette de comprendre le processus de crise économique qui a commencé dans les années 1970 et dont les considérables effets actuels sont souvent compris comme une simple « crise financière », ou encore un autre apport a été l'élaboration d'une théorie socio-historique de la connaissance et de la subjectivité qui rompt avec l'épistémologisme contemporain, tout en permettant de comprendre autrement l'antisémitisme, le racisme, la politique, l'Etat, le droit, la domination patriarcale, etc. Pour faire plus ample connaissance avec ce nouveau travail théorique rompant avec le marxisme, on pourra aller voir dans la partie " présentation de la wertkritik 

 

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