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Histoire et critique de la valeur

Jeudi 21 mars 2013 4 21 /03 /Mars /2013 00:00


A la différence du marxisme traditionnel et de sa thèse évolutionniste sur les stades successifs des « modes de production » ou de l' « Histoire globale » de Kenneth Pomeranz et son concept transhistorique de travail, la critique de la valeur pense le capitalisme dans les termes d'une rupture violente et fondamentale avec les sociétés précapitalistes. Pour éviter tout anachronisme, les discours sur une prétendue « nature humaine » ou les diverses ontologisations qui sous-tendent l'économie politique bourgeoise et ses avatars historiographiques, l'émergence du capitalisme ne peut être appréhendée dans une histoire continuiste qui est toujours la marque d'une conceptualité naturaliste et transhistorique. Il faut toujours se garder de rétroprojeter sur toutes les formes de vie sociale depuis la préhistoire et le néolithique, la conceptualité et la subjectivité moderne inscrites dans le […]
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Jeudi 7 février 2013 4 07 /02 /Fév /2013 17:09


A la différence du marxisme traditionnel, la critique de la valeur met au coeur de sa compréhension de la forme de vie sociale moderne, le concept de « fétichisme », et parle de « constitution fétichiste » (R. Kurz) de la société capitaliste. Et « la critique de ce fétichisme qui subordonne les humains en tant qu’êtres sociaux aux rapports créés par leurs propres produits doit s’exercer dès le niveau de la production marchande, de la valeur, du travail abstrait et de la forme-argent » (Roswitha Scholz, « Le sexe du capitalisme », p. 90). Ne pas prendre pour objet de la critique ce niveau profond du rapport-capital, c'est assurément en rester à des catégories de surface ou des rapports réels mais dérivés (comme le fameux rapport entre « travail » et « capital » sur lequel restent focalisés les diverses espèces de zombie du marxisme traditionnel). C'est également l'histoire des […]
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Mercredi 30 janvier 2013 3 30 /01 /Jan /2013 16:24


A plusieurs reprises dans son oeuvre l'historien américain Moishe Postone a abordé l'importance de la présence au coeur même de l'ensemble des formes politiquement variées d'anticapitalisme aux XIXe et XXe siècles, d'une forme de pensée fétichisée qui ne relève pas d'une critique de l'économie politique en tant que critique radicale de l'ensemble des catégories/formes sociales capitalistes, mais d'une économie politique simplement critique (voir Postone, « Temps, travail et domination sociale », Mille et une nuits, 2009, pp. 110-113). La vie psychique des individus sociaux au sein d'une forme historiquement déterminée de la synthèse sociale ne doit jamais être en effet ontologisée, biologisée ou être renvoyée à une constitution transhistorique (comme chez Freud par exemple ou même dans l'« anthropologie culturelle » d'Herskovits, sans parler de la sociobiologie critiquée par […]
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Jeudi 26 avril 2012 4 26 /04 /Avr /2012 14:25


Ci-dessous, un texte de Neil Larsen, professeur de littérature comparée à l'université du Minnesota aux Etats-Unis. Ce texte est paru sur le site de la revue allemande Krisis en 2004. Ses domaines de réflexion sont la théorie critique de l'Ecole de Francfort, le marxisme, les post-colonial studies et la littérature latino-américaine. Un autre texte de cet auteur a été traduit par Sinziana sur ce site : Idiome de crise. De l'immanence historique du langage chez Adorno (publié dans Krisis, 2010). Voir le Fichier : Considerations_sur_la_violence_et_la_modernite_en_Amerique_latine_a_la_lumiere_des_Furies_dArno_Mayer_par_Nei.pdf Considérations sur la violence et la modernité en Amérique latine à la lumière des Furies d’Arno Mayer* Neil Larsen I. Une histoire sans violence serait, à tout le moins pour nous, méconnaissable en tant qu’histoire. Pourtant, paradoxalement, le phénomène de la […]
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Dimanche 4 décembre 2011 7 04 /12 /Déc /2011 09:08


L'ancienne « Revue internationale des livres et des idées » est devenue « La Revue des Livres » (en kiosque). Le dernier numéro (n°2) comprend un long article d'Anselm Jappe, « Grandeur et limites du romantisme révolutionnaire », où il commente de manière nuancée les thèses de Michael Lowÿ et du sociologue Robert Sayre, sur l'existence supposée d'un « romantisme anticapitaliste », un « romantisme révolutionnaire » [1]. Je commente (et non pas résume) ici très très rapidement ces longues pages de Jappe qui reviennent en détails sur l'histoire des divers romantismes, leur interprétation par Löwy [2] et Sayre, et sur l'interprétation que l'on devrait en faire. Je vous invite à vous y reporter directement. Face à la régression totale qu'a été le marxisme de la Seconde Internationale (positiviste, évolutionniste, tournant autour du schéma base-superstructure avec le matérialisme […]
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Vendredi 8 avril 2011 5 08 /04 /Avr /2011 08:17


Dans le texte ci-dessous, Robert Kurz revient sur la naissance des conditions sociales muettes qui constituent le noyau de la modernité, au travers d'une recherche sur les origines de la face abstraite de tout travail dans la société capitaliste-marchande (c'est-à-dire moderne). Traduction française bienvenue. Robert Kurz The “Big Bang” of Modernity Innovation through Firearms, Expansion through War : A Look back to the Origins of Abstract Labor The Enlightenment myth that the modern commodity-producing system sprang forth from a “Civilizing Process” (Norbert Elias) as the product of peaceful trade and development, bourgeois industry, scientific curiosity, inventions that raised the standard of living, and daring discoveries in opposition to the brutal culture of the so-called Middle Ages has proven tenacious. As the bearer of all these beautiful things is named the modern […]
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Jeudi 16 septembre 2010 4 16 /09 /Sep /2010 20:56


Ci-dessous, la traduction française d'une conférence donnée par l'historien et théoricien américain Moishe Postone à Lille en novembre 2009, lors des rencontres Cité-Philo. « La domination sociale sous le capitalisme ne consiste pas, à son niveau le plus fondamental, en la domination des hommes par d’autres hommes, mais en la domination des hommes par des structures sociales abstraites que les hommes eux-mêmes constituent » (Postone, Temps, travail et domination sociale, p. 53-54) Voir le Fichier : Lhistoire_et_la_critique_du_capitalisme_Postone.pdf L’histoire et la critique du capitalisme Par Moishe Postone Professeur d’histoire à l’Université de Chicago, spécialiste de l’antisémitisme moderne et de l’histoire des idées en Europe. Conférence prononcée en anglais en novembre 2009 à Lille (France) lors des rencontres « Cité-Philo ». I Les profondes transformations du monde au cours […]
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Mercredi 23 décembre 2009 3 23 /12 /Déc /2009 14:29


Aspects psychologiques du travail dans la Grèce ancienne [1] Par Jean-Pierre Vernant. Voir le Fichier : Aspects_psychologiques_du_travail_dans_la_Grece_antiquepdf.pdf Le travail est un fait humain à dimensions multiples ; son analyse requiert des études à plusieurs niveaux. Il y a une histoire technique, économique, sociale, psychologique du travail. Nos remarques concernent plus spécialement ce dernier aspect, en Grèce ancienne. Nous envisageons le travail en tant que forme particulière d’activité humaine. Nous nous interrogeons sur sa place à l’intérieur de l’homme, ses significations, son contenu psychologique. Notre perspective n’en est pas moins historique. De même qu’on n’a pas le droit d’appliquer au monde grec les catégories économiques du capitalisme moderne, on ne peut projeter sur l’homme de la cité ancienne la fonction psychologique du travail telle qu’elle est […]
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Samedi 28 juillet 2007 6 28 /07 /Juil /2007 10:39


Le philosophe Charles Marx en distinguant pertinemment le « capitalisme commercial » comme période précédent l’apparition du « capitalisme industriel », est à l’origine du concept de « proto-industrialisation » [1] forgé par Mendels en 1972. Pourtant ce concept n'est pas si nouveau que cela puisqu'il existe en Allemagne depuis le XIX siècle, sous le terme de « Verlagssystem », et en Angleterre sous celui de « Putting out system ». Il faut ainsi distinguer l’artisanat classique de tradition rurale, de la proto-industrie rurale (P.I.) qui apparaît au XIX siècle, car cette dernière est marquée par le marchand-fabricant et la vente des produits hors de la zone de fabrication dont a si bien parlé K. Polanyi dans La Grande Transformation. Ainsi l’artisanat rural traditionnel a pour débouché non seulement l’autoconsommation mais plus encore et de façon beaucoup plus large, il participe à […]
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Mercredi 23 mai 2007 3 23 /05 /Mai /2007 11:11

L’historien du luddisme, Edward P. Thompson, et l’ « économie morale de la foule ». Le grand historien britannique Edward P. Thompson est plus généralement cité en référence à sa magnifique histoire du mouvement luddite, que pour son concept d’ « économie morale de la foule » qui est pourtant d’une pertinence remarquable pour bien saisir les premières formes d’opposition à l’« invention de l’économie » aux XVIIe et XVIIIe siècles [1]. En effet, l’historien, en opposition à des courants historiographiques (notamment marxistes) qui propageaient une vision spasmodique de l’histoire populaire, a toute sa vie voulu montrer que les actions populaires désignées par le mot « émeutes », « rumeurs », « bruits » ou « émotions » dans les sources judiciaires, ne pouvaient pas être réduites à des réactions instinctives provoquées par la faim. Pour E. P. Thompson l’émeute rurale est aussi le […]
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Mardi 22 mai 2007 2 22 /05 /Mai /2007 21:27

De la destruction ordinaire des littoraux en temps de paix. Sur la « touristification » des côtes languedocienne et aquitaine. « Dans la société moderne, la mer est un fait social, aussi caractéristique d’elle que l’usine » Bernard Charbonneau, Le Jardin de Babylone. « En observant ce qui s’est passé sur les côtés, et en particulier sur le pourtour méditerranéen écrit Serge Latouche, on a un bel exemple du double mouvement créatif et destructif de l’action humaine. Par ses mirettes de retenue, ses sentiers cheminant sur les courbes de niveau, son habitat se fondant dans le paysage, l’homme avait transformé la friche en un jardin. Le mariage de la vigne et de l’olivier s’insérant entre le pin parasol, les figuiers de barbarie, les fusains, les cèdres, les orangers et les citronniers embaumaient ces terres, souvent arides et encadrées de rochers sauvages. Et puis un jour, un touriste, […]
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Qu'est-ce que la wertkritik (Critique de la valeur) ?

Avec d'une part le travail magistral de Moishe Postone, et d'autre part les groupes allemands et autrichiens comme Krisis, Exit !, Streifzüge avec des théoriciens comme Robert Kurz, Roswitha Scholz, Norbert Trenkle, Anselm Jappe, Gérard Briche, Ernst Lohoff, et plusieurs autres auteurs, de nouvelles lectures de l'œuvre de la maturité de Marx sont apparues durant les deux dernières décennies. La relecture opérée par Robert Kurz (1943-2012), principal théoricien de la « Critique de valeur » (wertkritik) ou encore appelée théorie critique de la « dissociation-valeur », a cherché avec Marx mais aussi au-delà de Marx, à renouveler les fondements d'une théorie critique radicale de l'économie politique au XXIe siècle.  


A la différence des lectures traditionnelles de Marx avec lesquelles elle rompt, cette nouvelle critique s'est en grande partie faite remarquée pour avoir articulé une approche théorique qui porte une attention particulière au caractère fétichiste de la production de marchandises, à la dimension abstraite de tout travail (le travail abstrait), à la distinction entre valeur et richesse matérielle et à la nature du capital comme « sujet automate » (la formule est de Marx lui-même). Le capitalisme est ici interprété comme une forme historique de fétichisme. Ainsi, à la différence des marxismes traditionnels, les sujets principaux du capitalisme ne sont ni le prolétariat, ni la bourgeoisie, mais plutôt le fétiche-capital lui-même (la valeur qui s'autovalorise) que paradoxalement nous ne cessons de constituer au quotidien au travers de nos rapports sociaux. Un des points centraux de ce nouveau travail théorique a été de développer une critique du capitalisme qui ne s'arrête pas au niveau des antagonismes de classes sociologiques, à la question des rapports de distribution et de propriété privée des moyens de production. La classe capitaliste gère un processus de production de marchandises à son propre profit, mais n'en est pas l'auteur ni le maître. Travailleurs et capitalistes ne sont que les fonctionnaires d'un processus fétichiste qui à la fois les dépasse et ne cesse d'être constitué par eux. La lutte des classes si elle existe bel et bien, en affirmant positivement le travail et le point de vue de la classe prolétaire, n'est en réalité qu'une lutte d'intérêts toujours constitués à l'intérieur des formes de vie et de socialisation capitalistes.


Ainsi à l'inverse de l'anticapitalisme tronqué, la critique de la valeur ose enfin critiquer le système dans sa totalité, et d'abord critiquer pour la première fois son principe de synthèse sociale, le travail en tant que tel, dans ses deux dimensions concrète et abstraite, comme activité socialement médiatisante et historiquement spécifique au seul capitalisme, et non comme simple activité instrumentale, naturelle et transhistorique, comme si le travail était l'essence générique de l'homme qui serait captée extérieurement par le capital. Comme si encore le travail n'était que l'activité transhistorique du métabolisme entre l'homme et la nature. L'économie est une réalité sociale qui émerge et existe comme telle que dans les sociétés capitalistes à partir des XIVe et XVe siècles. C'est le double caractère du travail et non le marché, le rapport social de domination d'une classe sur une autre et la propriété privée des moyens de production, qui constitue le noyau du capitalisme. Dans la société capitaliste seulement, le travail abstrait se représente dans la valeur, la valeur est l'objectivation d'un lien social aliéné, elle est donc historiquement spécifique qu'à la seule formation sociale capitaliste. Dans cette compréhension encore, la valeur n'est pas limitée à la seule « sphère économique », mais impose sa structure à toute la société, elle est une forme sociale de vie et de socialisation, un « fait social total ». La valeur d'échange d'une marchandise n'est que l'expression, la forme visible, de la valeur « invisible ».


Un mouvement d'émancipation du fétichisme de la valeur, ne peut plus critiquer ce monde à partir du point de vue du travail. Il ne s'agit donc plus de libérer le travail du capital, mais de se libérer du travail en tant que tel, non pas en faisant travailler les machines à la place car le mode industriel de production est intrinsèquement capitaliste (la technologie n'est pas neutre), mais en abolissant une activité posée au centre de la vie comme socialement médiatisante. Cependant la critique radicale n'a pas à fournir en pièce jointe, un mode d'emploi pour une organisation alternative de l’emploi de la vie. Elle développe une explication possible du monde présent, des souffrances réelles de nos propres vies et des exigences sociales qui leurs sont imposées, mais elle ne constitue pas un mode d'emploi expliquant comment construire correctement une « société idéale ». La critique de la dissociation-valeur dénaturalise toute forme d'économie, et c'est là déjà une forme de pratique radicale. Le seul critère proposé par la wertkritik, c'est qu'aucun medium fétichiste (comme aujourd'hui le travail) ne s'interpose désormais entre les individus sociaux et entre les individus sociaux et le monde. Et comme cela n'a jamais existé, un monde au-delà des divers fétichismes sociaux reste à inventer. Mais il n’y a pas de compromis possible avec l’économie, c’est-à-dire avec le travail comme forme capitaliste du métabolisme avec la nature, et comme médiation sociale entre les humains. Redistribuer les richesses capitalistes comme le préconisent les économistes de gauche à la sauce néo-keynésienne, ce n'est pas s'opposer à la forme de vie sociale capitaliste. De plus, on ne peut privilégier à côté de l'économique, d'autres dimensions (le don, l'entraide, le care, etc.) qui pourraient exister parallèlement, car la valeur est une forme sociale totale fétichiste qui envahit tout : il faut sortir carrément de l’économie en inventant d’autres formes de médiation sociale entre nous, que celles du travail, de la marchandise, de l’argent, du capital qui branche nos « capacités de travail » sur ses agencements sociaux et ses machines.


D'autres points forts de ce nouveau travail théorique a été de fournir une structure qui permette de comprendre le processus de crise économique qui a commencé dans les années 1970 et dont les considérables effets actuels sont souvent compris comme une simple « crise financière », ou encore un autre apport a été l'élaboration d'une théorie socio-historique de la connaissance et de la subjectivité qui rompt avec l'épistémologisme contemporain, tout en permettant de comprendre autrement l'antisémitisme, le racisme, la politique, l'Etat, le droit, la domination patriarcale, etc. Pour faire plus ample connaissance avec ce nouveau travail théorique rompant avec le marxisme, on pourra aller voir dans la partie " présentation de la wertkritik 

 

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