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Jeudi 22 octobre 2009 4 22 /10 /Oct /2009 09:39

Auteur de " Temps, travail et domination sociale. Une réinterprétation de la théorie critique de Marx " (traduit en français chez Mille et une Nuits, au printemps 2009)

Le mercredi 25 novembre 2009
De 20h à 22h
Palais des Beaux-Arts - grand auditorium - Place de la République – Lille

En présence de l’auteur.

  • Moishe Postone,
    Professeur à l’Université de Chicago (USA)
    A notamment publié : Face à la mondialisation, Marx est-il devenu muet ? (L’Aube)
  • Discutant : Anselm Jappe,
    Écrivain, philosophe
    A notamment publié : Les aventures de la marchandise (Denoël)
  • Interprète : Ibelle Azodi
  • Modérateur : Gérard Briche,
    Professeur de philosophie à l’ERSEP de Tourcoing 
Le passage à la modernité capitaliste a entrainé en particulier l’instauration d’un rapport au temps complètement nouveau. Au temps naturel a succédé ce que Moishe Postone nomme le « temps abstrait », en référence au concept marxien de travail abstrait. Dans un ouvrage qui constitue une relecture de la pensée critique de Marx à partir des Grundrisse, Moishe Postone montre que la domination de ce « temps abstrait » est un élément essentiel de la domination sociale exercée par le capital dans les sociétés modernes.

Jeudi 26 novembre, Conférence de Moishe Postone sur l'actualité de la pensée de Marx, au travers des Grundrisse, à l'Université Lille 3, à 15 heures à la BUFR des études germaniques.



Un article de Moishe Postone " Théorie critique et réflexivité historique " est publié dans le livre coordonné par Franck Fischbach, Marx, Relire Le Capital, PUF, octobre 2009.

Présentation de l'ouvrage : " Disons aussitôt ce que ce livre ne fait pas : il na pas la naïveté de prétendre que « tout est dans Marx », que Marx avait raison seul avant tout le monde, que toutes les évolutions des sociétés capitalistes, y compris les phénomènes récents de financiarisation du capital, étaient déjà exactement décrites et en quelque sorte anticipées par Le Capital. Il ne prétend donc pas quil faut revenir purement et simplement à Marx et à la lettre du Capital. Au contraire, on montrera ici que Marx ne peut être actuel quà la condition quon actualise Le Capital, et même quon le corrige et le modifie sur certains points essentiels : dans un contexte de redécouverte du Capital, la tâche est dautant plus urgente et, si lon veut éviter de renouveler certaines erreurs passées, alors il faut cesser de considérer Le Capital comme un monument intouchable, et tenter au contraire de poursuivre une recherche que Marx na pas lui-même achevée, et de mener ainsi à son terme « la logique du Capital ». (Extrait de la présentation) "
Publié dans : Sur Moishe Postone
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Qu'est-ce que la wertkritik (Critique de la valeur) ?

Avec d'une part le travail magistral de Moishe Postone, et d'autre part les groupes allemands et autrichiens comme Krisis, Exit !, Streifzüge avec des théoriciens comme Robert Kurz, Roswitha Scholz, Norbert Trenkle, Anselm Jappe, Gérard Briche, Ernst Lohoff, et plusieurs autres auteurs, de nouvelles lectures de l'œuvre de la maturité de Marx sont apparues durant les deux dernières décennies. La relecture opérée par Robert Kurz (1943-2012), principal théoricien de la « Critique de valeur » (wertkritik) ou encore appelée théorie critique de la « dissociation-valeur », a cherché avec Marx mais aussi au-delà de Marx, à renouveler les fondements d'une théorie critique radicale de l'économie politique au XXIe siècle.  


A la différence des lectures traditionnelles de Marx avec lesquelles elle rompt, cette nouvelle critique s'est en grande partie faite remarquée pour avoir articulé une approche théorique qui porte une attention particulière au caractère fétichiste de la production de marchandises, à la dimension abstraite de tout travail (le travail abstrait), à la distinction entre valeur et richesse matérielle et à la nature du capital comme « sujet automate » (la formule est de Marx lui-même). Le capitalisme est ici interprété comme une forme historique de fétichisme. Ainsi, à la différence des marxismes traditionnels, les sujets principaux du capitalisme ne sont ni le prolétariat, ni la bourgeoisie, mais plutôt le fétiche-capital lui-même (la valeur qui s'autovalorise) que paradoxalement nous ne cessons de constituer au quotidien au travers de nos rapports sociaux. Un des points centraux de ce nouveau travail théorique a été de développer une critique du capitalisme qui ne s'arrête pas au niveau des antagonismes de classes sociologiques, à la question des rapports de distribution et de propriété privée des moyens de production. La classe capitaliste gère un processus de production de marchandises à son propre profit, mais n'en est pas l'auteur ni le maître. Travailleurs et capitalistes ne sont que les fonctionnaires d'un processus fétichiste qui à la fois les dépasse et ne cesse d'être constitué par eux. La lutte des classes si elle existe bel et bien, en affirmant positivement le travail et le point de vue de la classe prolétaire, n'est en réalité qu'une lutte d'intérêts toujours constitués à l'intérieur des formes de vie et de socialisation capitalistes.


Ainsi à l'inverse de l'anticapitalisme tronqué, la critique de la valeur ose enfin critiquer le système dans sa totalité, et d'abord critiquer pour la première fois son principe de synthèse sociale, le travail en tant que tel, dans ses deux dimensions concrète et abstraite, comme activité socialement médiatisante et historiquement spécifique au seul capitalisme, et non comme simple activité instrumentale, naturelle et transhistorique, comme si le travail était l'essence générique de l'homme qui serait captée extérieurement par le capital. Comme si encore le travail n'était que l'activité transhistorique du métabolisme entre l'homme et la nature. L'économie est une réalité sociale qui émerge et existe comme telle que dans les sociétés capitalistes à partir des XIVe et XVe siècles. C'est le double caractère du travail et non le marché, le rapport social de domination d'une classe sur une autre et la propriété privée des moyens de production, qui constitue le noyau du capitalisme. Dans la société capitaliste seulement, le travail abstrait se représente dans la valeur, la valeur est l'objectivation d'un lien social aliéné, elle est donc historiquement spécifique qu'à la seule formation sociale capitaliste. Dans cette compréhension encore, la valeur n'est pas limitée à la seule « sphère économique », mais impose sa structure à toute la société, elle est une forme sociale de vie et de socialisation, un « fait social total ». La valeur d'échange d'une marchandise n'est que l'expression, la forme visible, de la valeur « invisible ».


Un mouvement d'émancipation du fétichisme de la valeur, ne peut plus critiquer ce monde à partir du point de vue du travail. Il ne s'agit donc plus de libérer le travail du capital, mais de se libérer du travail en tant que tel, non pas en faisant travailler les machines à la place car le mode industriel de production est intrinsèquement capitaliste (la technologie n'est pas neutre), mais en abolissant une activité posée au centre de la vie comme socialement médiatisante. Cependant la critique radicale n'a pas à fournir en pièce jointe, un mode d'emploi pour une organisation alternative de l’emploi de la vie. Elle développe une explication possible du monde présent, des souffrances réelles de nos propres vies et des exigences sociales qui leurs sont imposées, mais elle ne constitue pas un mode d'emploi expliquant comment construire correctement une « société idéale ». La critique de la dissociation-valeur dénaturalise toute forme d'économie, et c'est là déjà une forme de pratique radicale. Le seul critère proposé par la wertkritik, c'est qu'aucun medium fétichiste (comme aujourd'hui le travail) ne s'interpose désormais entre les individus sociaux et entre les individus sociaux et le monde. Et comme cela n'a jamais existé, un monde au-delà des divers fétichismes sociaux reste à inventer. Mais il n’y a pas de compromis possible avec l’économie, c’est-à-dire avec le travail comme forme capitaliste du métabolisme avec la nature, et comme médiation sociale entre les humains. Redistribuer les richesses capitalistes comme le préconisent les économistes de gauche à la sauce néo-keynésienne, ce n'est pas s'opposer à la forme de vie sociale capitaliste. De plus, on ne peut privilégier à côté de l'économique, d'autres dimensions (le don, l'entraide, le care, etc.) qui pourraient exister parallèlement, car la valeur est une forme sociale totale fétichiste qui envahit tout : il faut sortir carrément de l’économie en inventant d’autres formes de médiation sociale entre nous, que celles du travail, de la marchandise, de l’argent, du capital qui branche nos « capacités de travail » sur ses agencements sociaux et ses machines.


D'autres points forts de ce nouveau travail théorique a été de fournir une structure qui permette de comprendre le processus de crise économique qui a commencé dans les années 1970 et dont les considérables effets actuels sont souvent compris comme une simple « crise financière », ou encore un autre apport a été l'élaboration d'une théorie socio-historique de la connaissance et de la subjectivité qui rompt avec l'épistémologisme contemporain, tout en permettant de comprendre autrement l'antisémitisme, le racisme, la politique, l'Etat, le droit, la domination patriarcale, etc. Pour faire plus ample connaissance avec ce nouveau travail théorique rompant avec le marxisme, on pourra aller voir dans la partie " présentation de la wertkritik 

 

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