Mardi 16 avril 2013 2 16 /04 /Avr /2013 18:00

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Dans le lien suivant on retrouvera l'enregistrement audio de la conférence-discussion avec Anselm Jappe à l'Université du Québec à Montréal (UQAM), le 15 mars 2013, qui porte essentiellement sur le dialogue critique engagé entre la critique de la valeur et les sciences sociales :

 

Enregistrement audio

 

Au travers d'une présentation historique et théorique de la critique de la valeur forgée par Robert Kurz et les revues Krisis et Exit ! en Allemagne, plusieurs thématiques sont abordées par Anselm Jappe :

 

1. La rupture avec la Théorie critique de Francfort et l'ensemble des marxismes traditionnels : les fondations de la critique de la valeur.


2. Pratique, luttes et nécessité de l'autonomie de la théorie critique.


3. L'apport de la critique de la valeur à un nouveau paradigme des sciences sociales, c'est-à-dire un paradigme de la « constitution-fétiche » (Robert Kurz) de la société moderne et de l'agir social, permettant d'aller au-delà des vieilles dichotomies traditionnelles dans les sciences sociales : au-delà du nominalisme et du réalisme, au-delà de l'objectivisme et du subjectivisme, au-delà du structuralisme et de individualisme méthodologique, au-delà du schéma marxiste base-superstructure, etc. Une nouvelle théorie de l'agir social comme un nouveau concept de « domination sans sujet » peuvent ainsi être développés à partir de la critique des formes sociales capitalistes.

 

4. Dans le dialogue entre la critique de la valeur et les théories des fétichismes sociaux dans l'anthropologie des sociétés précapitalistes (Durkheim, Mauss, Polanyi, Dumont, Sahlins, etc.), l'auteur aborde également la critique du matérialisme historique et de l'économisme parfois transhistorique de Marx lui-même. Puis est esquissée la critique en tant que tel du concept d' « économie », la « réalité économique » est une réalité historiquement spécifique à la forme de vie sociale capitaliste.

 

5. La valeur comme projection/transfert de la puissance sociale de travail pouvant passer d'un objet à un autre. Correspondance avec le concept de « mana » chez Mauss.

 

6. Il n'y a pas de rationalité capitaliste comme le croient le marxisme traditionnel et le matérialisme historique et dialectique. Le rapport-capital n'est pas un rapport conscient et autodéterminé même par une classe capitaliste qui serait au fondement du capitalisme. La dynamique capitaliste est profondément tautologique et irrationnelle. Le capitalisme est fondamentalement un nouveau fétichisme social, qui a envahit tous les aspects de nos vies, le capital constitue une « métaphysique réelle » (R. Kurz).

 

7. Critique de la rétro-projection des formes sociales capitalistes modernes sur toute l'histoire des sociétés humaines (exemples des concepts d'économie et d'Etat). Critique de l'ontologisation des fétichismes sociaux, des institutions et des formes sociales chez de nombreux anthropologues modernes (Descola, etc.).

 

8. La coupure radicale de la société capitaliste avec les sociétés précapitalistes aux XVe et XVIe siècles : la théorie du « big bang de la modernité » chez Robert Kurz, avec la « révolution militaire » (Geoffrey Parker) des armes à feu comme origine du travail dans son caractère bifide, concret et abstrait. La forme valeur est enfin saisie comme forme totale et dynamique qui pousse à sa propre illimitation auto-destructrice.

 

Suit une longue discussion.

 

Je remercie ici les organisateurs canadiens et Eric Martin en particulier, pour nous avoir transmis ces enregistrements audio, et Emile Kirschey pour la mise en ligne de ces enregistrements.

 

Bonne lecture,

 

Palim Psao


 

Images dialectiques du rapport fétiche-capital  :

 

- Ci-dessus, une communauté fermée au nord de Englewood en Floride en 2012 .

 

- Ci-dessous, une communauté fermée construite autour d'un lac artificiel au sud de Bonita Springs en Floride en 2012 (source : Boston big Picture Project)

 

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Publié dans : Radio/Vidéos sur la critique de la valeur
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Qu'est-ce que la wertkritik (Critique de la valeur) ?

Avec d'une part le travail magistral de Moishe Postone, et d'autre part les groupes allemands et autrichiens comme Krisis, Exit !, Streifzüge avec des théoriciens comme Robert Kurz, Roswitha Scholz, Norbert Trenkle, Anselm Jappe, Gérard Briche, Ernst Lohoff, et plusieurs autres auteurs, de nouvelles lectures de l'œuvre de la maturité de Marx sont apparues durant les deux dernières décennies. La relecture opérée par Robert Kurz (1943-2012), principal théoricien de la « Critique de valeur » (wertkritik) ou encore appelée théorie critique de la « dissociation-valeur », a cherché avec Marx mais aussi au-delà de Marx, à renouveler les fondements d'une théorie critique radicale de l'économie politique au XXIe siècle.  


A la différence des lectures traditionnelles de Marx avec lesquelles elle rompt, cette nouvelle critique s'est en grande partie faite remarquée pour avoir articulé une approche théorique qui porte une attention particulière au caractère fétichiste de la production de marchandises, à la dimension abstraite de tout travail (le travail abstrait), à la distinction entre valeur et richesse matérielle et à la nature du capital comme « sujet automate » (la formule est de Marx lui-même). Le capitalisme est ici interprété comme une forme historique de fétichisme. Ainsi, à la différence des marxismes traditionnels, les sujets principaux du capitalisme ne sont ni le prolétariat, ni la bourgeoisie, mais plutôt le fétiche-capital lui-même (la valeur qui s'autovalorise) que paradoxalement nous ne cessons de constituer au quotidien au travers de nos rapports sociaux. Un des points centraux de ce nouveau travail théorique a été de développer une critique du capitalisme qui ne s'arrête pas au niveau des antagonismes de classes sociologiques, à la question des rapports de distribution et de propriété privée des moyens de production. La classe capitaliste gère un processus de production de marchandises à son propre profit, mais n'en est pas l'auteur ni le maître. Travailleurs et capitalistes ne sont que les fonctionnaires d'un processus fétichiste qui à la fois les dépasse et ne cesse d'être constitué par eux. La lutte des classes si elle existe bel et bien, en affirmant positivement le travail et le point de vue de la classe prolétaire, n'est en réalité qu'une lutte d'intérêts toujours constitués à l'intérieur des formes de vie et de socialisation capitalistes.


Ainsi à l'inverse de l'anticapitalisme tronqué, la critique de la valeur ose enfin critiquer le système dans sa totalité, et d'abord critiquer pour la première fois son principe de synthèse sociale, le travail en tant que tel, dans ses deux dimensions concrète et abstraite, comme activité socialement médiatisante et historiquement spécifique au seul capitalisme, et non comme simple activité instrumentale, naturelle et transhistorique, comme si le travail était l'essence générique de l'homme qui serait captée extérieurement par le capital. Comme si encore le travail n'était que l'activité transhistorique du métabolisme entre l'homme et la nature. L'économie est une réalité sociale qui émerge et existe comme telle que dans les sociétés capitalistes à partir des XIVe et XVe siècles. C'est le double caractère du travail et non le marché, le rapport social de domination d'une classe sur une autre et la propriété privée des moyens de production, qui constitue le noyau du capitalisme. Dans la société capitaliste seulement, le travail abstrait se représente dans la valeur, la valeur est l'objectivation d'un lien social aliéné, elle est donc historiquement spécifique qu'à la seule formation sociale capitaliste. Dans cette compréhension encore, la valeur n'est pas limitée à la seule « sphère économique », mais impose sa structure à toute la société, elle est une forme sociale de vie et de socialisation, un « fait social total ». La valeur d'échange d'une marchandise n'est que l'expression, la forme visible, de la valeur « invisible ».


Un mouvement d'émancipation du fétichisme de la valeur, ne peut plus critiquer ce monde à partir du point de vue du travail. Il ne s'agit donc plus de libérer le travail du capital, mais de se libérer du travail en tant que tel, non pas en faisant travailler les machines à la place car le mode industriel de production est intrinsèquement capitaliste (la technologie n'est pas neutre), mais en abolissant une activité posée au centre de la vie comme socialement médiatisante. Cependant la critique radicale n'a pas à fournir en pièce jointe, un mode d'emploi pour une organisation alternative de l’emploi de la vie. Elle développe une explication possible du monde présent, des souffrances réelles de nos propres vies et des exigences sociales qui leurs sont imposées, mais elle ne constitue pas un mode d'emploi expliquant comment construire correctement une « société idéale ». La critique de la dissociation-valeur dénaturalise toute forme d'économie, et c'est là déjà une forme de pratique radicale. Le seul critère proposé par la wertkritik, c'est qu'aucun medium fétichiste (comme aujourd'hui le travail) ne s'interpose désormais entre les individus sociaux et entre les individus sociaux et le monde. Et comme cela n'a jamais existé, un monde au-delà des divers fétichismes sociaux reste à inventer. Mais il n’y a pas de compromis possible avec l’économie, c’est-à-dire avec le travail comme forme capitaliste du métabolisme avec la nature, et comme médiation sociale entre les humains. Redistribuer les richesses capitalistes comme le préconisent les économistes de gauche à la sauce néo-keynésienne, ce n'est pas s'opposer à la forme de vie sociale capitaliste. De plus, on ne peut privilégier à côté de l'économique, d'autres dimensions (le don, l'entraide, le care, etc.) qui pourraient exister parallèlement, car la valeur est une forme sociale totale fétichiste qui envahit tout : il faut sortir carrément de l’économie en inventant d’autres formes de médiation sociale entre nous, que celles du travail, de la marchandise, de l’argent, du capital et de l'Etat.


D'autres points forts de ce nouveau travail théorique a été de fournir une structure qui permette de comprendre le processus de crise économique qui a commencé dans les années 1970 et dont les considérables effets actuels sont souvent compris comme une simple « crise financière », ou encore un autre apport a été l'élaboration d'une théorie socio-historique de la connaissance et de la subjectivité qui rompt avec l'épistémologisme contemporain, tout en permettant de comprendre autrement l'antisémitisme, le racisme, la politique, l'Etat, le droit, la domination patriarcale, etc. Pour faire plus ample connaissance avec ce nouveau travail théorique rompant avec le marxisme, on pourra aller voir dans la partie " présentation de la wertkritik 

 

Présentation du site

Un ensemble de textes et de réflexions portant sur la critique de la dissociation-valeur (Wert-Abspaltungs-Kritik), autour des oeuvres et articles de Robert Kurz, Norbert Trenkle, Ernst Lohoff, Anselm Jappe, Roswitha Scholz, Claus Peter Ortlieb, Moishe Postone, Karl Marx, et des revues allemandes Krisis et Exit !


La salle des machines du site Palim Psao ne se rattache pas à tel ou tel comité de rédaction, et constitue simplement un portail francophone qui accueille différentes tendances du courant Wertkritik

 

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