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Lundi 11 mai 2009 1 11 /05 /Mai /2009 16:45
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Extraits introductifs de du texte La société sans qualités de Corentin Oiseau :



Le travail présenté ici se propose de renouer avec la théorie critique de la société. Il constitue donc, plus précisément, une critique du capitalisme. Nous tenterons d’effectuer celle-ci à la lumière de ce qu’il est convenu d’appeler : la « théorie de la valeur ». Cette théorie fait son apparition dès le livre premier du « Capital » de Marx, pour ne se retrouver ultérieurement au coeur des préoccupations que seulement d’une minorité de théoriciens, et ceci jusqu’à nos jours. C’est à la faveur des travaux du groupe allemand « KRISIS » (anselm Jappe, robert Kurz, norbert Trenkle….) qui réactualise l’analyse de la théorie de la forme valeur depuis une quinzaine d’années dans sa revue homonyme, que le travail ci-après trouve son opportunité. Le nouveau millénaire a vu resurgir la contestation sociale. Eteinte depuis quelques lustres, elle s’est vue occupée de nouveau le devant de la scène, avec ce qu’il est désormais commun d’appeler le « mouvement altermondialiste ». La critique du capitalisme qui en émerge est majoritairement illustrée dans son option « anti-néolibérale» (Negri, ATTAC et le mouvement altermondialiste ainsi que la totalité de l’extrême-gauche) et croit en la possibilité de réformer ce système, d’y apporter des corrections politiques. Pour ce faire, elle use du conflit théorique ouvert (les travaux d’Antonio Négri) et de l’intervention sociale à un niveau international (manifestations contre le G8 et les forums économiques mondiaux, création des forums sociaux mondiaux). Il s’agirait principalement sous cette modalité de « libérer le travail » de la tyrannie du capital. De cette façon, il appert que cette critique ne sort pas du périmètre de ce que l’on pourrait appeler un « marxisme traditionnel ».En effet, pour toutes conceptions théoriques et sociales « alternatives », il n’est proposé que de déterminer une distribution autre des catégories universelles qui règlent les échanges entre les hommes (la marchandise, l’argent, le travail et la valeur), c'est-à-dire sans pour autant opérer de critique catégorielle à proprement parler. La théorie de l’exploitation semble éclipser l’analyse fétichiste. Ainsi, « la logique de la marchandise » n’est jamais nommée. De même que sa contradiction interne, qui, pour la théorie de la valeur, est à la base même de la dynamique capitaliste, se trouve tout simplement niée : il ne s’agirait simplement dans cette critique que de mettre en exergue la lutte du « travail honnête » et exploité contre une méchanceté subjective capital
iste dominatrice (patrons, multinationales ou autres spéculateurs, desquels il faudrait libérer le travail exploité). Ce faisant, elle semble manquer la véritable nature du capitalisme.

La critique opérée par la théorie de la forme valeur se veut « radicale » en ce sens qu’elle analyse de façon approfondie les catégories qui sont à la base de la socialisation capitaliste. En thématisant sur la structure même de la marchandise et sur le « travail abstrait », elle semble ainsi révéler ce qui fait le noyau « mystérieux » du capitalisme : un système automate tautologique, où ce sont les marchandises qui règnent et où les hommes ne sont que les exécutants de sa logique. Point de conspiration des puissants ni de stratégies d’exploitation en ce cas (bien que celles-ci puissent se surajouter), mais un travail et un capital représentant deux moments successifs d’un même processus de valorisation impersonnel, autonomisé et abstrait. Sous cet angle, le conflit entre travail et capital, quelqu’ important qu’il ait été historiquement serait un conflit à l’intérieur du capitalisme, cette opposition n’étant qu’un aspect dérivé de la véritable contradiction fondamentale : celle qui oppose la valeur et la vie sociale concrète. Ainsi, selon cette théorie, nous ne serions plus dans une société de domination (entendue comme la domination de certains sur d’autres), mais bien plutôt sous le règne d’une société fétichiste, sous l’emprise abstraite de la valeur en auto-mouvement, où c’est l’ensemble des hommes qui se trouvent assujettis. Plus justement, Les sujets ne sont alors plus les hommes mais leurs relations objectivées. En un mot, le vrai sujet c’est la valeur. Partant, comment nous faut-il comprendre l’affirmation qui semble résonner comme une déclaration de guerre : « le monde n’est pas une marchandise ! » lancé par les mouvements à « coloration anticapitaliste » ? Convenons d’emblée qu’ il ne s’agit manifestement pas là d’une critique catégorielle de la forme marchandise puisqu’une attention à ce discours révèle bien vite que ce qui doit être dénoncer, c’est que certaines choses, comme la culture, le corps humain, les ressources naturelles ne sont pas simplement à vendre ou à acheter, et ne doivent pas être soumises au seul pouvoir de l’argent. Ce sont là de bons sentiments qui ne peuvent tenir lieu d’analyse de la société. Cela s’inscrit dans un registre purement moral, lequel recommande simplement de ne pas tout soumettre à l’argent… « Où l’on ressent le désarroi théorique de la critique sociale depuis quelques décennies. » (A. Jappe)

Nous voyons qu’il est nécessaire d’avoir une explication plus profonde. En effet, que signifie le fait qu’une société soit basée sur la marchandise ? De fait, nous constatons qu’il parait inévitable de revenir à Marx qui à eu au sujet de la marchandise des considérations inédites, absentes avant lui. La théorie de la valeur et sa critique catégorielle n’est-elle pas plus à même de nous révéler ce qui fait véritablement l’essence du capitalisme ? En quelle manière dessine t’elle une société fétichiste ? Cette intelligibilité renouvelée du capitalisme offre-t-elle une opportunité théorique à la critique sociale, ainsi qu’un nouvel horizon pour une théorie de l’émancipation sociale ? La théorie de la forme valeur, dans laquelle il nous faudra entrer dans le détail, prend donc sa source dans l’oeuvre de Marx. Nous pouvons en effet la rencontrer dans la version définitive du chapitre sur la marchandise de la deuxième édition du Capital (chapitre 1, section 1). Pourquoi revenir à ces pages inaugurales traitant de la double nature de la marchandise, du caractère non moins double du travail, de la « forme de la valeur » et de ce que Marx appelle le « fétichisme de la marchandise », ouvrant l’oeuvre copieuse du Capital ?

Et bien si la théorie Marxienne de la valeur à été l’objet de très peu d’études philologiques, voire même de trop peu d’attention au texte, Marx lui-même la tenait pour majeure : « ce qu’il ya de meilleur dans mon livre, c’est 1 (et c’est la dessus que repose
toute la compréhension des faits) la mise en relief dès le premier chapitre, du caractère double du travail, selon qu’il s’exprime en valeur d’usage ou en valeur d’échange.2 » écrivit-il à Engels le 24 aout 1867, en parlant du Capital qu’il venait de terminer. Marx ne définit, en effet, pas moins la marchandise comme « la cellule germinale3 » de toute la société moderne.Et puisque sa doctrine a dû souffrir l'accusation d'« économisme », il est important de rappeler que Marx décrivait la société moderne et non pas toutes société ayant existé.».


Nous nous attarderons ainsi sur les travaux que Marx effectue sur la structure de la marchandise, sur le « travail abstrait » et sur l'argent et montrerons comment ces catégories sont à l'origine d'une aliénation du lien social et de la communauté. A la société d’xploitation du XIX° siècle succède une société d’bondance (dans les pays développés), c’est l’époque de l’« état providence » dans lequel l’Etat assure la protection sociale pour une large part. En se développant, le capitalisme a transformé le producteur en consommateur. Cette autre époque sera aussi un second second temps dans notre critique de la valeur. Elle sera marqué par la théorie de guy debord, qui au sein des activités de l’nternationale situationniste, comme dans son oeuvre majeure « la société du spectacle »
reprends le flambeau de la critique sociale. Debord reprend la théorie de la valeur, fortement influencé par Lukács, et thématise cette dernière comme « spectaculaire ».Nous tenterons donc de cerner au plus près ce concept de «spectacle » chez Debord, comme stade suprême de l’abstraction, comme développement ultérieur de la valeur. L’opposition entre vie humaine et économie étant encore plus forte chez debord que chez Marx ; qu’advient-il donc ici de la communauté humaine ? Quid du sujet social ? Existe-t-il une classe-sujet antagonique au spectacle ?Enfin, dans un troisième mouvement, avec le groupe Krisis, (dont la lecture fortuite d’articles est directement à l’origine de ce « travail ») la critique de la valeur prend acte d’une nouvelle phase du capitalisme, avec de nouvelles caractéristiques : mondialisation (capital transnational), néo-libéralisme (limitation de l’interventionnisme politique et étatique) et fin du « fordisme ». Dans le « Manifeste contre le travail », le groupe krisis procède à une charge violente contre le travail en montrant que celui-ci, bien loin de s’opposer au capital, est plutôt une activité spécifique au capitalisme. Il demeure au coeur d’un système qui s’auto-reproduit sans fin, en faisant de l’homme sa « ressource humaine ». Continuateur de la critique de la valeur après Marx et Debord, Krisis pose qu’aucune critique du capitalisme ne serait désormais possible sans une critique du travail lui-même. . . Nous verrons donc comment ce groupe (fondé il ya 15 ans en Allemagne, en margedu monde universitaire et de la gauche traditionnel) articule son analyse du capitalisme et de sa contradiction interne. Comment la contestation anticapitaliste actuelle est d’une certaine façon aliénée et se transforme malgré elle en adversaire de toute émancipation sociale. Comment Krisis ne peut partager cette formule de Dominique Méda : « l’économie n’est pas l’au-delà du politique, elle est son autre. » puisque pour lui, la politique ne représente qu’un sous-système de la valeur. Comment, du fait de la troisième révolution industrielle (la micro-informatique), le capitalisme se heurte désormais à sa limite historique absolue…


Lire la suite : Une présentation de la critique de la valeur peut être lue dans ce texte de Corentin Oiseau (format pdf), La société sans qualités.



Publié dans : Présentation de la critique de la valeur
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Qu'est-ce que la wertkritik (Critique de la valeur) ?

Avec d'une part le travail magistral de Moishe Postone, et d'autre part les groupes allemands et autrichiens comme Krisis, Exit !, Streifzüge avec des théoriciens comme Robert Kurz, Roswitha Scholz, Norbert Trenkle, Anselm Jappe, Gérard Briche, Ernst Lohoff, et plusieurs autres auteurs, de nouvelles lectures de l'œuvre de la maturité de Marx sont apparues durant les deux dernières décennies. La relecture opérée par Robert Kurz (1943-2012), principal théoricien de la « Critique de valeur » (wertkritik) ou encore appelée théorie critique de la « dissociation-valeur », a cherché avec Marx mais aussi au-delà de Marx, à renouveler les fondements d'une théorie critique radicale de l'économie politique au XXIe siècle.  


A la différence des lectures traditionnelles de Marx avec lesquelles elle rompt, cette nouvelle critique s'est en grande partie faite remarquée pour avoir articulé une approche théorique qui porte une attention particulière au caractère fétichiste de la production de marchandises, à la dimension abstraite de tout travail (le travail abstrait), à la distinction entre valeur et richesse matérielle et à la nature du capital comme « sujet automate » (la formule est de Marx lui-même). Le capitalisme est ici interprété comme une forme historique de fétichisme. Ainsi, à la différence des marxismes traditionnels, les sujets principaux du capitalisme ne sont ni le prolétariat, ni la bourgeoisie, mais plutôt le fétiche-capital lui-même (la valeur qui s'autovalorise) que paradoxalement nous ne cessons de constituer au quotidien au travers de nos rapports sociaux. Un des points centraux de ce nouveau travail théorique a été de développer une critique du capitalisme qui ne s'arrête pas au niveau des antagonismes de classes sociologiques, à la question des rapports de distribution et de propriété privée des moyens de production. La classe capitaliste gère un processus de production de marchandises à son propre profit, mais n'en est pas l'auteur ni le maître. Travailleurs et capitalistes ne sont que les fonctionnaires d'un processus fétichiste qui à la fois les dépasse et ne cesse d'être constitué par eux. La lutte des classes si elle existe bel et bien, en affirmant positivement le travail et le point de vue de la classe prolétaire, n'est en réalité qu'une lutte d'intérêts toujours constitués à l'intérieur des formes de vie et de socialisation capitalistes.


Ainsi à l'inverse de l'anticapitalisme tronqué, la critique de la valeur ose enfin critiquer le système dans sa totalité, et d'abord critiquer pour la première fois son principe de synthèse sociale, le travail en tant que tel, dans ses deux dimensions concrète et abstraite, comme activité socialement médiatisante et historiquement spécifique au seul capitalisme, et non comme simple activité instrumentale, naturelle et transhistorique, comme si le travail était l'essence générique de l'homme qui serait captée extérieurement par le capital. Comme si encore le travail n'était que l'activité transhistorique du métabolisme entre l'homme et la nature. L'économie est une réalité sociale qui émerge et existe comme telle que dans les sociétés capitalistes à partir des XIVe et XVe siècles. C'est le double caractère du travail et non le marché, le rapport social de domination d'une classe sur une autre et la propriété privée des moyens de production, qui constitue le noyau du capitalisme. Dans la société capitaliste seulement, le travail abstrait se représente dans la valeur, la valeur est l'objectivation d'un lien social aliéné, elle est donc historiquement spécifique qu'à la seule formation sociale capitaliste. Dans cette compréhension encore, la valeur n'est pas limitée à la seule « sphère économique », mais impose sa structure à toute la société, elle est une forme sociale de vie et de socialisation, un « fait social total ». La valeur d'échange d'une marchandise n'est que l'expression, la forme visible, de la valeur « invisible ».


Un mouvement d'émancipation du fétichisme de la valeur, ne peut plus critiquer ce monde à partir du point de vue du travail. Il ne s'agit donc plus de libérer le travail du capital, mais de se libérer du travail en tant que tel, non pas en faisant travailler les machines à la place car le mode industriel de production est intrinsèquement capitaliste (la technologie n'est pas neutre), mais en abolissant une activité posée au centre de la vie comme socialement médiatisante. Cependant la critique radicale n'a pas à fournir en pièce jointe, un mode d'emploi pour une organisation alternative de l’emploi de la vie. Elle développe une explication possible du monde présent, des souffrances réelles de nos propres vies et des exigences sociales qui leurs sont imposées, mais elle ne constitue pas un mode d'emploi expliquant comment construire correctement une « société idéale ». La critique de la dissociation-valeur dénaturalise toute forme d'économie, et c'est là déjà une forme de pratique radicale. Le seul critère proposé par la wertkritik, c'est qu'aucun medium fétichiste (comme aujourd'hui le travail) ne s'interpose désormais entre les individus sociaux et entre les individus sociaux et le monde. Et comme cela n'a jamais existé, un monde au-delà des divers fétichismes sociaux reste à inventer. Mais il n’y a pas de compromis possible avec l’économie, c’est-à-dire avec le travail comme forme capitaliste du métabolisme avec la nature, et comme médiation sociale entre les humains. Redistribuer les richesses capitalistes comme le préconisent les économistes de gauche à la sauce néo-keynésienne, ce n'est pas s'opposer à la forme de vie sociale capitaliste. De plus, on ne peut privilégier à côté de l'économique, d'autres dimensions (le don, l'entraide, le care, etc.) qui pourraient exister parallèlement, car la valeur est une forme sociale totale fétichiste qui envahit tout : il faut sortir carrément de l’économie en inventant d’autres formes de médiation sociale entre nous, que celles du travail, de la marchandise, de l’argent, du capital qui branche nos « capacités de travail » sur ses agencements sociaux et ses machines.


D'autres points forts de ce nouveau travail théorique a été de fournir une structure qui permette de comprendre le processus de crise économique qui a commencé dans les années 1970 et dont les considérables effets actuels sont souvent compris comme une simple « crise financière », ou encore un autre apport a été l'élaboration d'une théorie socio-historique de la connaissance et de la subjectivité qui rompt avec l'épistémologisme contemporain, tout en permettant de comprendre autrement l'antisémitisme, le racisme, la politique, l'Etat, le droit, la domination patriarcale, etc. Pour faire plus ample connaissance avec ce nouveau travail théorique rompant avec le marxisme, on pourra aller voir dans la partie " présentation de la wertkritik 

 

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